Documentaire

13th: un coup de hache dans l’image du rêve américain

Aux États-Unis, les relations raciales post-esclavage sont loin d’être apaisées. En témoigne "13th", un documentaire poignant.

Les visages de Trayvon Martin, Kalief Browder, Éric Garner, Freddie Gray, Michael Brown et tant d’autres hantent l’Amérique. Ils justifient tous la peur, l’insécurité physique, viscérale, de naître noir aux USA. Une seule minute extraite du documentaire 13th d’Ava DuVernay suffit à nous faire comprendre cette terreur. Des images d’archives, qui montrent des hommes tabassés en raison de leur couleur de peau, sont mixées avec des invectives de Trump lors d’un meeting où il exhorte la foule à frapper des Afro-Américains venus pour protester, pointant qu’”au bon vieux temps, c’était impensable, car on leur faisait passer un sale quart d’heure. Quand ils manifestaient une fois, ils ne revenaient pas de sitôt”. 

La faille du 13e amendement

Nous sommes en 2016, mais les cicatrices ne sont toujours pas refermées. Et qu’importe si depuis le 18 décembre 1865, une loi exprime très clairement que ”Ni esclavage, ni aucune forme de servitude involontaire ne pourront exister aux États-Unis, ni en aucun lieu soumis à leur juridiction”. Oui, le 13e amendement a officiellement ratifié l’abolition de l’esclavage au pays de l’Oncle Sam, à peine la guerre de Sécession terminée. Mais ce texte contient une faille, une phrase qui a directement été utilisée à l’encontre du peuple noir américain. Elle dit ceci: “Il n’existera pas d’esclavage […] si ce n’est à titre de peine d’un crime dont l’individu aurait été dûment déclaré coupable”. À peine libérés de leurs chaînes, les Afro-Américains sont incarcérés en masse pour des infractions mineures, comme le vagabondage, et envoyés directement à la case des travaux forcés. 

25 ans de prison pour le vol d'une part de pizza

C’est difficile à croire mais cette politique d’emprisonnement de masse est loin de s’être calmée. Accélérée par Nixon, renforcée par la War On Drugs de Reagan, entérinée par les lois adoptées par Bill Clinton comme celle des 3 Strikes qui rend systématique la condamnation à vie des prévenus qui en sont à leur troisième crime “sérieux”. Un homme, Jerry Dewayne Williams, s’est ainsi vu condamner à 25 ans de prison parce qu’il avait volé une part de pizza Pepperoni. C’est simple, depuis les années 70, la population carcérale est passée de 350.000 à plus de 2 millions de personnes. Des prisonniers composés à 60 % d’Afro-Américains alors qu’ils ne composent que 12 % de la population des États-Unis. Sauf qu’au lieu de casser des cailloux en habits de bagnards, ils cousent désormais des sous-vêtements pour Victoria’s Secret. 
13th, le documentaire poignant d’Ava DuVernay, explique ces rouages à l’aide de nombreux témoignages d’universitaires comme Henry Louis Gates Jr., d’écrivains, de militants, d’activistes comme Angela Davis. Portés par des morceaux principalement tirés du répertoire hip-hop qui expriment la colère vrombissante des Afro-Américains, à l’image du splendide Reagan de Killer Mike, 13th est un coup de hache dans l’image du rêve américain. Impossible d’en sortir indemne.

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