Meryl Streep tient la note

Teaser

Après Catherine Frot, la comédienne prend les traits et les cordes vocales de Florence Foster Jenkins. Émouvant.

Florence Foster Jenkins, sorte d’incarnation en chair et en os de la Castafiore, fait donc l’objet d’un second biopic en l’espace de seulement quelques mois. Meryl Streep y remplace Catherine Frot sous les traits de cette héritière qui n’a jamais renoncé à son rêve de devenir une grande cantatrice d’opéra, malgré une voix de crécelle. Ici, le réalisateur Stephen Frears livre un portrait fidèle, tendre et léger complétant parfaitement le témoignage plus trouble de Xavier Giannoli dans      Marguerite, qui tirait le portrait de la même personne.

Le réalisateur français filmait un jusqu’au-boutisme confinant à la folie, dans une tragédie riant jaune. Stephen Frears, lui, préfère retracer fidèlement la fin de la vie de Foster Jenkins, replaçant l’action dans son réel contexte: le New York de la fin de la Seconde Guerre mondiale. On se croirait même parfois dans un Woody Allen. Avec la musique jazzy et la reconstitution parfaitement réussie d’un univers mondain faussement bienveillant.  De plus,le ton du film réalisé par le Britannique porte plus souvent vers la  “simple” comédie, jouant sur les tics et les extravagances du personnage principal. 

Enfin, le scénario convoque des éléments ignorés, ou évoqués vite fait, par Marguerite. Qui apportent cependant de la profondeur à une femme victime d’un premier mariage malheureux, malade de la syphilis, et acceptant la double vie de son conjoint. Campé par un Hugh Grant parfait dans le rôle de cet époux finalement aimant, qui consacrera sa vie à faire briller sa femme. Et c’est surtout cette belle histoire de couple qui donne une véritable tendresse à Florence Foster Jenkins. “Je n’ai pas vu Marguerite, nous affirme Frears avec un bagout qui donne très envie de le croire! On m’a envoyé des enregistrements de Florence. Je me suis dit que c’était une histoire merveilleuse, qui pouvait allier biographie, drame et humour. J’ai dû un peu batailler pour imposer Hugh Grant. Car il s’est trop souvent perdu dans des comédies romantiques ineptes ces derniers temps. Et les producteurs ne voulaient donc plus de lui. Mais j’ai tenu bon! J’ai bien fait! Grâce à moi, il est redevenu acteur!”, continue-t-il avec un sens inné de la punchline. “Hugh était très malheureux que l’on ne fasse plus appel à lui pour des projets sérieux. Pour lui, le cinéma est toute sa vie. Pour moi aussi. D’ailleurs, chacun de mes films parle un peu de mon rapport au neuvième art.”

Ainsi, à la fin du film, l’héroïne se console d’un: “Les gens pourront dire que je ne savais pas chanter, mais pas que je ne chantais pas”. Une phrase qui s’adapte parfaitement à la philosophie de Frears. “On est toujours sur une corde raide dans ce business. On ne sait jamais si ce qu’on fait sera apprécié. Alors, autant au moins entreprendre ce que l’on veut! Ce sera déjà ça de gagné.”

FLORENCE FOSTER JENKINS, réalisé par Stephen  Frears. Avec Meryl Streep, Hugh Grant, Simon Helberg - 110’.

Les plus lus