Que regardent nos enfants à Noël?

Teaser

Pendant que le joli film sur l'ours Paddington est placé sous contrôle parental en Angleterre, le dernier Hobbit, véritable film de guerre et de monstres, est classé "enfants admis" chez nous. Pourtant, des films non adaptés peuvent faire beaucoup de mal aux petits. Comment s'y retrouver et que regarder?

Nos expertes

Marie-Noëlle Clément est psychiatre, psychothérapeute. Elle a contribué à l'ouvrage Premières séances (Ed. Les fiches du Cinéma) et signé Comment te dire? (Ed. Philippe Duval) sur la façon de parler aux tout-petits.

Michelle Christophe , de l'Association Françoise Dolto, est thérapeute familiale et pédagogue depuis 45 ans.

La magie de Noël, ça se passe devant le sapin, la dinde aux marrons, mais aussi devant les écrans. Cela ne vous aura pas échappé: comme chaque année, les films d’animation et autres blockbusters jeunesse trustent les grilles télé et les programmes ciné. Votre cœur balance entre l’ourson Paddington, la milice des Pingouins de Madagascar ou Le père Noël - version pied-de-biche -de Tahar Rahim? Pas toujours évident de choisir la bonne séance. D’autant que ces productions présentées comme "tous publics" ne le sont pas forcément. En cette fin d’année 2014, est-il encore logique d’inclure dans cette très large cible aussi bien des jeunes enfants - voire des grands bébés - que des préados de 13 ans et des teenagers presque majeurs? Rien n’est moins sûr.

Best-seller jeunesse traduit dans 30 langues et vendu à plus de 30 millions d'exemplaires, le petit ours Paddington vient d’ailleurs de se faire recaler à l’entrée des cinémas britanniques. Motif? Cette première adaptation sur grand écran comporterait des scènes dangereuses - Paddington fait notamment du skate derrière un bus et se cache dans un frigo -, mais aussi des "références sexuelles" déplacées. La scène incriminée dévoile son père adoptif déguisé en femme en train de se faire draguer par un homme. So shocking? Huit jours avant sa sortie en salle, le bureau britannique de classification des films a en tout cas cru bon de faire apposer au long métrage la mention "PG" (Parental Guidance). Inutile de dire que les producteurs de Paddington ne l’avaient pas vu venir.  

Ce type de mesure de protection est assez rare. Et, dans ce cas-ci, a priori plutôt exagéré. Mais n’est-il pas grand temps de revoir tout notre système de classification? D’autant que nos commissions de contrôle (voir p. XX) semblent uniquement braquées sur le sang, le sexe et la moralité au détriment d’autres formes de violence. L’expérience cinématographique, par exemple, peut elle-même se révéler extrêmement éprouvante. Lors de la projection du film d’animation Dragons en 2010, nous avions personnellement été assez choqués. Ce dessin animé ne comportait ni scène érotique, ni violence gratuite, ni même un quelconque propos vulgaire. Mais sa réalisation très moderne avec ses courses-poursuites ultra-rapides, ses zooms saisissants et sa bande-son hypnotique semblait faire l’effet d’une petite bombe sur les plus jeunes. Sous le regard - médusé, puis furieux - de ses parents, la fillette assise à côté de nous était tellement effrayée qu’elle en avait des spasmes dans les jambes.

Ces dessins animés et ces films de Noël sont-ils, parfois, des cadeaux empoisonnés? Avec des risques, en cas d’erreur de casting, sur la santé mentale de nos enfants? Nous avons demandé leur avis à Michelle Christophe, de l'Association Françoise Dolto et à Marie-Noëlle Clément, pédopsychiatre spécialisée dans l'effet des images sur les petits. 

La suite du dossier dans le Moustique du 19 décembre 2014

A voir (ou pas) à Noël

En télévision

Gang de requins. Attention aux vagues de stéréotypes dans ce dessin animé signé DreamWorks.Des filles ultra-sexy et des garçons dragueurs et lourdingues: rien de bien reluisant comme modèles. Un dessin animé à boycotter pour les moins de 12 ans. Au moins.

MERCREDI 24 FRANCE 4 20H45

Rebelle. Oscar, Golden Globe, BAFTA… Rebelle  mérite amplement toutes ces récompenses. Ce Disney montre une nature écossaise magnifique et riche qui fera rêver les plus petits. Tandis que les plus grands - et pas seulement les filles - se reconnaîtront dans l’héroïne en pleine crise d’adolescence.

JEUDI 25 RTL-TVI 20H50

Le monde de Narnia. En programmant les trois premiers volets quasiment à la suite, la RTBF propose un véritable marathon télé. Sauf que l’intrigue, moins linéaire qu’il n’y paraît, certains monstres et quelques scènes de bataille risquent de perturber les plus petits. A réserver aux enfants à partir de 7 ans.

JEUDI 25 LA UNE 13H50 

Au cinéma

Le Hobbit: La bataille des cinq armées. Le nouveau Hobbit est clairement un "film de guerre". Avec des orques (pas les grands mammifères marins, hein, des créatures blanches vraiment monstrueuses). C’est assez violent, bien qu’il s’agisse de cette violence hollywoodienne, sans le rouge du sang… Alors on le réserve aux garçons (et aux filles qui aiment la bagarre) au-dessus de douze ans!

Paddington. Quoi qu’on en dise, Paddington est un petit chef-d’œuvre qui s’adresse à tout le monde. Dès l’âge de cinq ou six ans, les kids y trouveront leur plaisir. Et les parents aussi. C’est une merveille d’animation, avec une morale intelligente et discrète. LE film à voir en famille durant ces fêtes de fin d’année!

Hunger Games - La révolte: partie 1. A conseiller seulement aux préados et aux ados. On est ici dans la même logique que Le Hobbit. Sauf que nous n’en sommes pas encore à la bataille finale… Mais ça commence à s’échauffer. La psychologie des personnages et la ruse sont déjà bien à l’œuvre. En dessous de 14 ans, les ados ne cerneront sans doute pas vraiment le film. - L.M. et J.C.

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