Coworking: lieux de liens

Teaser

La pratique du coworking, une colocation appliquée au lieu de travail, s'intensifie. D'où vient-elle, à qui est-elle destinée? Tout sur le travail partagé.

La notion de bureau mute, le mot cubicle ne buzze plus (du tout), le monde du travail évolue vers la décentralisation, ou plus simplement le télétravail. Ce dernier ne semble toutefois pas tenir toutes ses promesses et s'installent petit à petit en Wallonie et plus rapidement à Bruxelles des lieux de coworking, dont les premiers ouverts, Betacowork pour exemple (betacowork.be), sont déjà considérés comme classiques; le secteur évolue vite. Un espace de travail partagé est plus qu'un bureau partagé, il est aussi, et peut-être avant tout, un lieu de rencontres. “Cette organisation du travail reste encore relativement peu connue en Wallonie”, précise Lisa Lombardi, chargée de la coordination du programme Creative Wallonia, lancé en 2011 dans la lignée du plan Marshall, et riche pour l'instant de 8 espaces. “Elle présente pourtant pas mal d'avantages, pour les indépendants, mais aussi les salariés d'entreprises privées, qui plébiscitent de plus en plus cette alternative plutôt que le télétravail, en pleine évolution lui aussi.”   

Parce que tout le monde n'est pas fait pour travailler à la maison. Une étude publiée en 2014 par l'université d'Oxford le démontre: après neuf mois de travail à domicile et malgré une augmentation de productivité et de la satisfaction professionnelle, la majorité des travailleurs d'une entreprise ont préféré retourner au bureau, principalement pour des raisons d'isolement. Salarié en télétravail ou indépendant, la maison peut se transformer en piège synonyme de perte d’échanges professionnels et solitude, gommer les limites entre privé et professionnel, grignoter la motivation et faire baisser le rendement. Fabien Denoël, architecte, souhaitait développer son activité d'illustrateur, il a intégré il y a deux ans Le Magasin, un espace mutualisé liégeois: “Chez soi, le familial fini par interférer, ce n'est pas évident. Je cherchais un espace dédié au travail, mais avec d'autres personnes, et une façon d'entrer en contact avec le milieu artistique.” L'espace de coworking pallie aux dommages collatéraux de l'indépendance; il offre un cadre,  un cadre dynamique, espace de socialisation comparable à une entreprise, tout en étant plus qu'une entreprise.

Des chercheurs ont tenté d'identifier les conditions qui permettent de garantir la supériorité du travail collaboratif. En étudiant les espaces de travail collaboratifs, Anne-Laure Fayard et John Weeks, de Harvard, ont mis en évidence trois facteurs: la proximité (rapprocher les individus), l'intimité (choisir d'être accessible ou non) et la permissivité: la possibilité d'interagir en dehors de relations de travail structurées est non seulement permise, mais encouragée. Fabien Denoël est installé à côtés de deux autres illustrateurs, il témoigne de la possibilité de prendre du recul par rapport à son propre travail, de recevoir un avis, de bénéficier également de l'expérience des autres, question facturation, par exemple, problème récurrent des électrons libres du milieu artistique.

Dynamique de groupe

Dans cette optique d'interaction non structurée, pierre angulaire du coworking, "le ou les animateurs de l'espace sont la clé de différenciation (avec un simple espace partagé ou un business center), souligne Lisa Lombardi, ce sont eux qui accompagnent et conseillent au plus près, créent les liens, l'émulation, organisent des événements pour enrichir les compétences (mise à niveau informatique, par ex.), mais aussi créer une dynamique de groupe."

Cette rencontre d’individus et de compétences différentes renforce “l'hybridation des profils” comme l'appelle la coordinatrice de Creative Wallonia, et favorise le surgissement de nouvelles idées, ou 'spill-over effect' dans le jargon. Conséquence: la confiance grimpe. Des collaborations, des synergies naissent naturellement, les coworkers se regroupent pour répondre à des appels d'offres concernant des marchés plus importants, ce qu'ils n'auraient pas forcément tenté seuls. La communauté forme un réseau hétéroclite et riche, offrant la possibilité d'agrandir le sacro-saint 'réseau professionnel', de trouver de nouveaux collaborateurs, associés, potentiels investisseurs, sous-traitants, ou d'augmenter simplement sa visibilité… Bref, de laisser surgir une infinité de possibilités, la distance formelle une fois abolie. Ce à quoi doit contribuer l'aménagement de chaque lieu, design, créatif, agréable: cafétéria, babyfoot, salons, pour séance de massage, yoga, etc.

Un autre avantage -et non des moindres- réside dans les tarifs attractifs (bien moins cher qu'un bureau privatif) et l'abandon de soucis matériel et de logistique ; l'utilisation d'espaces open space se facture au m², à la journée/la semaine/le mois, certains lieux hybrides facturent même à la minute. Besoin d’un bureau fermé, d’une salle de réunion? Ceux-ci sont disponibles dans la majorité des espaces de coworking. Fabien paie à Liège 72 €/mois pour 6m2. Mot d’ordre: flexibilité. Dès lors, comment ne pas adhérer? Les chiffres de fréquentation, en constante évolution, reflètent la tendance. Si ceux concernant 2015 ne sont pas encore disponibles chez Creative Wallonia, l'augmentation 2013/14 a été significative mais est à relativiser. Le coworking reste un épiphénomène: 1.300 coworkers (officiels) recensés en Belgique, 500.000 dans le monde, ce qui ne représente jamais que 0,08% de la population mondiale. 

La suite du dossier et les meilleures adresses dans le Moustique du 27 janvier 2016.

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