Relance du nucléaire: un pacte avec le diable

Teaser

En prolongeant Doel 1 et 2, La Belgique baisse ses émissions de CO2, mais pourrait retarder sa transition énergique vers le renouvelable.

Les réacteurs nucléaires Doel 1 et Doel 2 vivront finalement encore dix ans. C’est, selon le gouvernement, indispensable pour éviter une pénurie. Sauf que Elia, chargé d’évaluer la sécurité d’approvisionnement, n’est pas de cet avis et l’a fait savoir en publiant un rapport sur les besoins de réserve stratégique pour l’hiver 2016-2017. Avec la COP21 en cours à Paris, cette prolongation peut malgré tout paraître exemplaire pour le climat puisque l’atome produit très peu de dioxyde de carbone, le fameux CO2 responsable du dérèglement climatique. Or, pour tenter de stabiliser l’augmentation de la température du globe à +2°C, les émissions mondiales devraient être divisées par deux d’ici à 2050. 

Réussir ce défi en optant pour le nucléaire revient pourtant à s’allier à… Staline pour vaincre Hitler. C’est efficace pour gagner la guerre, mais après… D’abord, parce qu’on n’est jamais à l’abri d’une catastrophe aux conséquences gravissimes sur notre santé comme Tchernobyl ou Fukushima. Mais aussi parce que les déchets de l’industrie nucléaire (qui restent radioactifs pendant des millénaires!) polluent et détruisent l’environnement.

Il est donc grand temps de passer au renouvelable. La transition énergétique prévue pour 2025 est d’ailleurs en cours. Du moins, elle l’était. Comme l’expliquait à La Libre Belgique Michel Huart, consultant scientifique à l’Association de promotion des énergies renouvelables, la prolongation de Doel 1 et 2 va entraîner une multiplication des périodes de surproduction et ainsi diminuer la rentabilité des unités flexibles, comme les centrales au gaz. Or, celles-ci, faciles à relancer pour une courte période, sont nécessaires à côté du renouvelable pour combler un manque éventuel de vent (pour les éoliennes) ou de soleil (pour les panneaux photovoltaïques). Cette transition pourrait ainsi être postposée. Et c’est déjà mal barré… La première étape consistait justement en la fermeture de Doel 1 et 2 en 2015. Reste à voir si la prochaine étape – la fermeture de Tihange 2 et Doel 3 - aura bien lieu en 2022. Si c’est le cas, on peut toujours espérer que l’État se charge de fermer le reste des réacteurs en 2025. Ou pas.

Les plus lus

Notre Selection