Notre biodiversité en péril?

Teaser

La Commission européenne gronde. La Belgique tarde trop à protéger son patrimoine environnemental. Or, la situation est urgente. Bientôt, chez nous, les hirondelles ne feront plus le printemps.

Deux mois. C’est le délai dont dispose la Belgique pour communiquer ses observations sur l’état de préservation de sa biodiversité. Un domaine dans lequel notre pays accuse un retard rien de moins qu'"inacceptable". Ce qui lui vaudra carrément, si rien n'est fait, une plainte devant la Cour de justice européenne.

En attendant, qu’englobe exactement le terme de biodiversité? Il ne s’agit pas seulement de faune et de flore, mais aussi des divers gènes qui les composent, voire des bactéries environnantes. En fait, l’ensemble des êtres vivants composés d’ADN. Or, le constat, en Belgique, est sans équivoque. A l’échelle du globe, la disparition des êtres vivants s’est accélérée depuis une centaine d’années. Quelque 10 à 30 % des espèces de mammifères, d’oiseaux et d’amphibiens sont actuellement menacées d’extinction. En Wallonie, la tendance est similaire puisque près d’une espèce sur trois est aussi menacée d’extinction. Et près d'une sur dix a déjà complètement disparu. C’est le cas notamment du loup, de la petite reinette ou encore d’une centaine de plantes.

Mais un autre chiffre est tout aussi alarmant concernant la survie des espèces survivantes: 85 % des habitats naturels sur le territoire wallon sont aujourd’hui en mauvais état de conservation. Principale cause: l’intense urbanisation de ces vingt-cinq dernières années. Avec le réseau routier le plus dense au monde, difficile d’éviter la fragmentation des habitats naturels. Parmi les nombreuses autres causes, l’usage intensif des cultures agricoles, les dépôts atmosphériques, les changements climatiques, l’arrivée d’espèces exotiques envahissantes et l’explosion des populations de chevreuils, sangliers et cerfs en forêts. Or, la Belgique, et plus spécifiquement la Région wallonne, n’agit pas suffisamment pour enrayer la diminution de sa biodiversité.

La Commission européenne lui reproche d’être trop lente. En point de mire: le retard accumulé dans la mise en place de Natura 2000, le réseau européen de zones naturelles protégées, qui devait être bouclée en 2010. Jean-Louis Gathoye, attaché scientifique au Service public de Wallonie, l'admet sans détour: "La Région wallonne n’appose pas les arrêtés nécessaires au réseau Natura 2000". Même si, se défend-il, d’autres projets voient le jour.

Aujourd’hui, 57 sites font partie du réseau Natura 2000 en Région wallonne. Mais 240 devraient bénéficier de cette protection. Pourquoi une telle lenteur, malgré l’urgence de la situation?

Jean-Louis Gathoye - La raison de cette lenteur est une conséquence de l’exploitation du sol en Wallonie. Il y a un développement plus important de l’agriculture, de la foresterie et d’autres activités rurales qui interfère beaucoup avec nos obligations européennes en matière de protection de la nature. Normalement, il y a moyen de trouver des compromis mais, bien souvent, on bute sur certaines pierres d’achoppement entre ces lobbys et nos obligations. C’est cela qui coince.

Vous vous défendez de cette lenteur par la mise en place de nombreux projets LIFE en Belgique… Où en est-on aujourd’hui?

J.-L.G. - Oui, il faut savoir que la Belgique, et la Wallonie, font partie des meilleurs élèves européens en la matière. Depuis le lancement du programme LIFE (des projets de restauration de biotopes et d'habitats d'espèces cofinancés par l'Europe) par la Commission européenne en 1991, 164 projets ont déjà été cofinancés par l’Europe en Belgique dont 69 en ce qui concerne la conservation de la nature. Nous avons d’ailleurs obtenu le prix de "Best of the Best LIFE Nature Project 2013" pour le projet de restauration de 2.860 hectares en Hautes Fagnes. Ce sont des projets menés en parallèle de Natura 2000.

Existe-t-il encore d’autres moyens pour pallier le déclin de la biodiversité?

J.-L.G. - Il y a évidemment plein de moyens qui ne sont pas liés à la mise en place du réseau Natura 2000. Il n’y a pas que l’aspect législatif. Au quotidien, les citoyens peuvent s’investir en aménageant des gîtes d’hibernation sur leur propriété, en ne dérangeant pas les animaux, en évitant d’utiliser des pesticides ou encore en ne jetant pas leurs déchets à terre. Ce sont des petits gestes qui feront la différence. Et puis, les agriculteurs ont aussi leur rôle à jouer en mettant en place des mesures agro-environnementales même si je reconnais un manque de soutien de notre part.

Pourquoi ce manque de soutien?

J.-L.G. - On est obligé de mettre ces mesures agro-environnementales entre parenthèses pour des raisons financières, mais c’est selon moi une grosse erreur. On décourage les agriculteurs qui s’engagent de manière volontaire dans ces mesures. Pourtant, il s’agit là d’un outil très important dans la protection de l’environnement!

Pour parler clairement, la situation en Wallonie est-elle inquiétante?

J.-L.G. - Bien sûr que nous devons nous en inquiéter. On doit s’en inquiéter partout, d'ailleurs. La biodiversité est une partie intégrante de notre patrimoine et ne pas la préserver est impensable! C’est comme se débarrasser de notre patrimoine artistique, il s’agit de quelque chose d’inconcevable. Mais notre situation en Wallonie n’est pas pire qu’en Flandre. L’espace est très réduit au nord de notre pays et les implantations agricoles sont beaucoup plus imposantes qu’au sud. Les milieux naturels sont donc davantage saccagés. La différence, c’est que la Flandre a pris des mesures pour protéger les quelques espaces qu’il lui reste beaucoup plus tôt que nous.

Quelles peuvent être les conséquences d’une diminution de la biodiversité sur le citoyen belge?

J.-L.G. - C’est une question presque éthique! Ce n’est peut-être pas très palpable de voir comment nous avons besoin de la biodiversité mais elle est pourtant indispensable à notre survie. Certaines espèces peuvent avoir une grande utilité sur plusieurs aspects. Par exemple, un champ de colza a besoin de pollinisateurs. Si ces polinisateurs disparaissent, on arrive alors à des problèmes de rentabilité. Et ces problèmes affectent à la fois la production de nourriture, mais aussi l’économie. Tout est lié. Et puis, il y a aussi des espèces qui fonctionnent comme bio-indicateurs: si certaines espèces se retrouvent à un endroit, ça signifie que le milieu dans lequel elles sont présentes a certaines qualités. Cela permet d’évaluer la qualité de l’air, la qualité de l’eau, etc.

 

5 avis de disparition

Le tétras-lyre, aussi appelé coq de bruyère

Son habitat, composé de grands espaces de tourbières et de landes, est présent uniquement dans les Hautes Fagnes. Le tétras est une espèce sensible au climat. Il supporte bien les hivers rigoureux mais très mal les printemps pluvieux.

Le damier de la succise

Ce papillon était autrefois très abondant dans les campagnes. Aujourd’hui, il est confiné aux réserves naturelles et en bordure des chemins forestiers. Les chenilles sont en fait dépendantes de la succise des prés, plante à la fleur bleue, qui est aussi menacée.

Le crapaud calamite

Amateur des zones humides éphémères bien ensoleillées, il raffole des friches industrielles, carrières et sablières. Mais son habitat a subi de lourds dégâts ces dernières années car il n’est presque jamais protégé.

Le bruant proyer

Cet oiseau est familier des milieux agricoles. Sa population a chuté de 90 % en moins de 25 ans. La cause: des changements dans les pratiques agricoles et leur intensification.

L’hirondelle

La disparition de cet oiseau migratoire est liée aux changements climatiques en Afrique durant l’hiver mais surtout au manque de quiétude lorsqu’il confectionne son nid en Belgique. L’extinction de certains insectes, sa principale alimentation, a aussi joué.

Notre Selection