Maurane: "Tant de gens voudraient avoir mes problèmes"

Heureuse, amoureuse et toujours minutieuse dans sa vie de chanteuse. Comme elle le dit sur son nouvel album, elle se sent bien. Et elle a parfaitement raison.

Elle tient la forme, Maurane. Elle revient de vacances le teint hâlé et "allégée de douze kilos, mais pas à l'abri d'une rechute", pour faire sa rentrée musicale avec un album qui lui colle comme un gant de velours, "Fais-moi une fleur". Conçues comme autant de rêves éveillés, plusieurs chansons révèlent aujourd'hui à son interprète leur pouvoir prémonitoire, alors qu'elles ont été enregistrées voici plus de deux ans à New York, avant que le succès de son album hommage à Nougaro et la tournée qui a suivi ne bouleversent son agenda. "Je devrais penser à ouvrir un cabinet de voyance", lâche-t-elle.

Sur votre nouvel album, vous chantez "Je me sens bien, c'est inquiétant". Le bonheur est-il culpabilisant?
Maurane - Derrière ma carapace, je suis quelqu'un de sensible. Jamais trop sûre de moi et de ce qui pourrait m'arriver l'instant d'après. Alors oui, ça me fait parfois flipper de me sentir bien dans mes baskets. Je me dis que ce n'est pas normal, que ça ne va pas durer, mais j'en profite quand même. Idem quand je broie du noir. Quand j'y réfléchis bien, je ne trouve pas de raison à me sentir mal et ça finit par passer.

À partir de quel moment vous êtes-vous sentie bien avec l'album hommage à Nougaro?
Maurane - Dès que j'ai évoqué ce projet avec lui de son vivant, j'ai trouvé ça frissonnant. Claude avait la critique facile, mais il n'a jamais cessé de m'encourager à faire ce disque. Je ne suis pas quelqu'un de mystique, mais lorsque je me suis retrouvée en studio ou sur scène pour interpréter ses chansons, j'avais l'impression d'entendre ses remarques, comme s'il était à côté de moi.

Quel est le plus beau compliment que vous ayez reçu pour ce projet?
Maurane - J'ai bien sûr eu droit à ma page Facebook "J'aime pas Maurane qui reprend Nougaro", mais dans l'ensemble, je crois que le public a adhéré à cet hommage. Beaucoup de gens, issus de différentes générations, m'ont dit que je leur avais permis de découvrir ou de redécouvrir le répertoire de Nougaro. Mais le compliment qui m'a particulièrement touchée, c'est celui de Jean-Jacques Goldman. Il est venu voir mon spectacle à Aix-en-Provence l'année dernière. A l'issue du concert, il m'a confié avec toute la justesse qui le caractérise: "Tu sais que je n'aime pas le jazz, mais j'aimais Nougaro et je t'aime toi. Je m'attendais à quelque chose de bien, ce soir. Par contre, je ne me doutais pas que Nougaro serait présent parmi nous." Il avait ressenti exactement la même chose que moi.

Le succès du CD et de la tournée Nougaro vous a-t-il poussée à changer quelque chose à "Fais-moi une fleur" qui est terminé depuis deux ans?
Maurane - Non, je n'ai touché à rien. Pas une chanson, pas une note, pas un chœur. "Fais-moi une fleur" a ses petits défauts; je chante parfois un peu trop bas, notamment. Mais j'ai souhaité le laisser intact, tel qu'il a été enregistré à New York. C'est drôle, parce que j'entends aujourd'hui: "Après avoir chanté Nougaro, elle essaie de faire comme lui aux Etats-Unis quand il avait fait "Nougayork" en 1987." Je n'en avais même pas parlé avec lui.

Qu'êtes-vous allée chercher à New York?
Maurane - Je n'ai jamais été obsédée par les Etats-Unis. L'idée ne vient pas de moi, mais de Jean-Philippe Allard, qui était alors mon directeur artistique chez Polydor. Il souhaitait me faire perdre tous mes repères. Il n'arrêtait pas de répéter: "Tu connais d'excellents musiciens en Belgique et en France, mais tu as besoin d'être dépaysée, de bosser dans l'urgence et loin de tous les emmerdeurs qui viennent donner leur avis en studio." "Fais-moi une fleur" a été mis en boîte en six jours, et ça m'a fait du bien. À l'avenir, je pense faire mes disques de cette manière, avec une approche moins robotique. En une semaine, on n'a pas le temps de se poser des questions et le résultat est moins chiadé. Il n'y a pas de surcharge dans la réalisation, c'est plus naturel. Sinatra, Brel ou Aznavour travaillaient tous de cette manière à leurs débuts et je comprends maintenant pourquoi.

Dans Face B, chanson clin d'œil à Henri Salvador, vous dites qu'il faut du temps pour devenir un enfant. Ça valait certainement pour lui. Pour vous aussi?
Maurane - Certainement. Je suis toujours un enfant, et j'aimerais mourir comme ça. Mais vous savez, en vieillissant, on perd son insouciance, sa naïveté et toutes ces petites choses organiques qui sont reliées à l'enfance. Il y a tellement d'informations aujourd'hui. On vous dit presque ce qu'il faut aimer ou ne pas aimer. C'est un travail inconscient de tous les jours que de garder cette part de fraîcheur et d'innocence dans notre manière de fonctionner.

La chanteuse Juliette vous a écrit Le Diable dans la bouteille. Vous assumez votre réputation d'épicurienne?
Maurane - Ce texte nous concerne toutes les deux. Juliette cite plein de noms d'alcools, sauf ceux que je préfère: le vin rouge que j'aime boire en hiver et le champagne parce que c'est bon et qu'il ne donne jamais mal à la tête. Comme Juliette, l'alcool me rend de bonne humeur. Les jeux de mots fusent, les vannes aussi…

La dernière grosse fête, c'était quand?
Maurane - Le 12 août dernier, en France. Je ne fêtais rien de particulier, sauf le "12" qui est mon chiffre porte-bonheur. C'est mon jour de naissance. Quand je regarde l'heure, la grande aiguille est toujours sur la douzième minute. Les chambres d'hôtel où je descends se terminent aussi par "12"… Bref, je n'ai pas raté l'occasion d'inviter mes amis pour ce que j'ai baptisé "la fête du douze".Ce jour-là, j'ai acheté douze bouteilles de champagne et on s'est éclatés.

Vous avez affirmé un jour aimer les excès et les personnes excessives. C'est toujours vrai?
Maurane - Ma réputation n'est plus à faire. Je me retrouve toujours dans cette phrase, mais je fais plus attention. A 50 ans, c'est plus difficile de se remettre. On a des petits bobos… Question poids, j'ai joué toute ma vie au yo-yo et j'en ai marre. Là, je me sens bien dans mon corps et je fais très attention à mon alimentation. Mais je n'en suis pas encore au point de ne plus boire de vin ou de ne pas craquer pour une île flottante ou un baba au rhum.

Vous dressez le portait de l'homme idéal dans Opus en si bel homme majeur. Vous le cherchez encore?
Maurane - Je l'ai trouvé. Encore une chanson prémonitoire! Quand j'ai écrit cette chanson voici deux ans et demi, il n'en était plus question. Je me disais: "Ça ne m'arrivera plus." Il n'y avait rien de triste ou de pathétique dans ce constat. Après tout, j'avais bien vécu et je pouvais encore avoir des amants. Et puis, c'est arrivé, j'ai rencontré l'homme idéal. Il ressemble comme deux gouttes d'eau à celui que je décris dans la chanson, sauf la strophe où j'évoque "ses quelques kilos en trop".

Finalement, c'est une bonne chose que cet album soit resté dans les tiroirs pendant deux ans…
Maurane - Le destin! Il correspond parfaitement à mon état d'esprit d'aujourd'hui. C'est bizarre, parce que je ne demande jamais aux auteurs de m'écrire des chansons autobiographiques. Et finalement, elles finissent par me ressembler. Qu'est-ce que je vais te dire? est un bon exemple. A priori, Julien Clerc, qui l'a écrite avec Gérard Duguet-Grasser, n'a pas le même parcours que moi. Mais quand je la réécoute aujourd'hui, je me dis que nous partageons beaucoup de choses.

Vous avez 50 ans. C'est le bonheur total?
Maurane - Oui, on peut le dire comme ça. Cela fait quelques années que je me répète: "Tu es bien. Tant de gens voudraient avoir tes problèmes." Je suis à nouveau amoureuse, je me sens bien dans mon corps. J'ai vécu quelque chose de formidable avec la tournée Nougaro. J'ai aussi la chance d'être bien entourée. Ma rencontre avec mon manager Ludovic Barnouin a changé énormément de choses.

Voici quelques années, vous nous aviez confié faire beaucoup de cauchemars. Est-ce encore le cas?
Maurane - Oui, mais ce n'est pas forcément négatif. Je suis une grande dormeuse et ça me fait du bien. Les rêves, comme les cauchemars, sont comme des clés pour moi. Une source d'inspiration.

Le prochain album, vous y pensez déjà?
Maurane - Ce sera un disque latino-brésilien chanté en français, en portugais et en espagnol.

C'est la rentrée, il y a un livre ou un disque que vous attendez avec impatience?
Maurane - Pour moi, la rentrée est synonyme d'Amélie Nothomb. J'ai déjà lu Tuer le père et j'ai adoré. Côté disques, je suis curieuse d'écouter les nouveaux albums de Charles Aznavour, de Thomas Dutronc et de Camille.

Fais-moi une fleur

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Extraits de Fais-moi une fleur

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Les 28 et 29/10 à Wolubilis

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