Et la télé décrocha la lune

Et la télé décrocha la lune
television14/07/2009 10h10

Quarante ans après l'exploit lunaire américain, les commentateurs de l'époque se souviennent: le petit écran bascula dans une nouvelle ère.

21 juillet 1969, 3h59. Neil Armstrong pose le pied gauche sur la Lune. Ce "petit pas pour l'homme" mais "pas de géant pour l'humanité" entre instantanément dans l'Histoire et les cerveaux de près d'un milliard de terriens. Grâce à qui? A la télé, pardi!, témoin privilégié de l'exploit retransmis par une centaine de chaînes. Chez nous, la RTB n'a pas perdu une poussière lunaire de cette longue nuit magique. "La Nasa nous avait fourni le déroulé des opérations et le plan de vol, mais il fallait surtout improviser sur les images qui nous parvenaient en direct", se souvient Paul Danblon, encore ému. L'ex-journaliste scientifique de la RTB présentait ce direct historique dans les studios flambant neufs du boulevard Reyers épaulé par le médecin chef de la Sabena, un responsable de l'observatoire d'Uccle et surtout… Hergé, le dessinateur visionnaire qui avait déjà propulsé Tintin sur la Lune en 1953!

 La retransmission de l'événement se déroule en deux temps. D'abord, l'alunissage du Lem (module séparé de la fusée principale) vers 21 heures. Ensuite, la descente de l'astronaute sur le sol lunaire. Il s'en est pourtant fallu de peu pour que les téléspectateurs soient privés du moment historique. "Neil Armstrong est sorti bien avant 4 heures du matin, alors que sa descente n'était prévue qu'à 6 heures. La promenade lunaire avait été avancée par la Nasa, se souvient Gérard Lovérius, réalisateur du grand direct ertébéen. C'était la panique, car le faisceau télé n'était réservé qu'à partir de 5 heures via Londres qui relayait les images des USA. Heureusement, nous avons pu obtenir la liaison à temps." Comment pouvait-il en être autrement avec une opération médiatique parfaitement orchestrée par la Nasa? Tout avait été minutieusement mis au point pour filmer la descente d'Armstrong et son premier pas mythique. "Une caméra automatique avait été préalablement tirée au bas du Lem par un bras articulé", poursuit Gérard Lovérius.

 Ce moment inoubliable va donner à la télévision une nouvelle dimension: "On s'est rendu compte qu'un événement pouvait être diffusé partout et simultanément, explique Lovérius. C'était une réelle prise de conscience du pouvoir fédérateur de la télévision. C'est la première fois aussi que des gens se levaient pour regarder la télé en pleine nuit". Ce n'était certes pas le premier direct international. Mais le couronnement d'Elisabeth II ou l'enterrement du président Kennedy n'avait pas la même portée que l'événement lunaire. Ce direct extraordinaire va aussi créer le label "vu à la télé" comme garantie de la véracité des faits. Tout bénéfice pour la propagande américaine largement servie par ces images à la gloire des astronautes. "On a échappé à la troisième guerre mondiale: la guerre froide militaire entre les Etats-Unis et l'Union soviétique s'est déplacée sur le terrain de la conquête spatiale", rappelle Paul Danblon.

Folles rumeurs

 Jusqu'en 1973, la RTBF continue à retransmettre les autres missions Apollo. On verra des images en couleur prises par une caméra installée sur une voiture télécommandée depuis la Terre. Des images plus nettes mais moins événementielles que celles de l'été 69. Ces dernières, en flou artistique, vont rapidement susciter la polémique. Ombres suspectes, absences d'étoiles à l'image… Et si toute cette mission Apollo n'était qu'une vaste mystification américaine? "Il n'y avait rien de suspect, conte Lovérius. C'était du direct à la seconde près. D'ailleurs, on avait le son audio décalé avant l'image."

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