
Les festivals enflamment les foules. Pourtant, les groupes et leurs concerts ont été virés du petit écran. Gilles Verlant s'indigne.
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C'était le temps béni de Chorus. Chaque dimanche midi sur Antenne 2 (juste après la messe!), déboulait Antoine De Caunes à la tête d'une émission live et rock en diable. Clash, Elvis Costello, Devo, Madness, Stray Cats, Stranglers, Blondie, Iggy Pop et d'autres légendes faisaient corps avec la folle insouciance énergique de cette fin des années 70. La même télé publique a ensuite mis au monde ses Enfants du rock. L'émission culte a transcendé avec une rare intelligence journalistique et un flair infaillible les tendances de l'époque, du punk à la new wave en passant par le funk. La Belgique a aussi connu ses heures de gloire avec ses Folllies, Ligne rock et autres Génération 80.
Presque 30 ans plus tard, on cherche toujours les héritiers de ces émissions qui ont secoué toute une génération. Il y a bien Tracks sur Arte, Taratata sur France Télévisions et, bientôt sur La Une, D6Bels on Stage (voir p. 130) qu'on jugera sur pièces. Mais on est loin du compte. Tous ces rendez-vous sont exilés tard dans la grille. Cette saison, le Taratata de Nagui revient, certes en hebdomadaire sur France 2, mais programmé à 0h40! Quant aux plateaux proposés, combien de Bénabar, de Saule, de "valeurs de la Communauté française" pour un solide groupe pop-rock pur et dur de renommée internationale?
Le rock, avec sa réputation sulfureuse et ses poses politiquement incorrectes, est plus que jamais le mal-aimé d'une planète télé formatée et frileuse à l'extrême. Gilles Verlant en sait quelque chose. Le journaliste belge a participé à toutes les émissions phare consacrées au rock, de Folllies à Rapido en passant par Les enfants du rock. Il analyse pour nous les liaisons houleuses entre la télé et le turbulent univers musical.
On est bien loin de l'âge d'or des émissions rock à la télé belge et française, ça vous inspire quoi?
Gilles Verlant. - Il y a surtout toujours eu des émissions constamment en danger, avec des budgets rikiki. Et si âge d'or il y a eu, ce fut celui des Enfants du rock. L'émission collait à un état d'esprit du moment. Mitterrand au pouvoir, tout devenait possible. On mettait des émissions littéraires ou des débats comme Droit de réponse de Polac en prime time. On osait tout, partout. Antoine De Caunes a été le formidable fil rouge du rock en télé, de Chorus à Rapido (fin des années 90 sur TF1 puis Canal +). Cette dernière émission serait impensable aujourd'hui. Elle coûtait un pont avec sa rédaction centrale à Paris, des correspondants à Londres, New York, Los Angeles. Et puis, la télé a radicalement changé…
Le rock est devenu pestiféré?
En quelque sorte. Les patrons de télé ont un a priori fortement ancré: pour eux, le rock est "segmentant"! Tout autant que chanter en anglais en prime time ou montrer des Noirs avant 21h30. Quand j'ai récemment écrit La folle histoire du disco pour France 3, dans les 10 premières minutes, il fallait absolument Cloclo, Sheila et Dalida comme s'ils avaient inventé le disco. Mais surtout pas de chanteurs anglais! Demain, on proposerait à des directeurs de télé un prime time avec les Rolling Stones ou U2, ils hésiteraient encore. Le formatage et le marketing forcenés ont tué le rock en télé. Après Rapido, pour refuser mes projets, les patrons me serinaient aussi que le marché s'est atomisé entre fans de techno, de rock, de rap, de R'n'B. Publics qui, prétendument, ne se croiseraient pas. Une vue de l'esprit totalement idiote que Les enfants du rock avaient déjà largement démentie. Autre excuse grotesque: s'ils veulent du pop-rock, les fans n'ont qu'à regarder les chaînes thématiques musicales.
L'exception, c'est le Grand journal et sa programmation de beaux moments live, chaque saison sur Canal/Be.
Mouais… Sur ce terrain, Stéphane Saunier (programmateur musique de feu Nulle part ailleurs et de l'actuel <
Tags: Gilles Verlant, Taratata, D6bels
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