
Voir un spectacle de Pie Tshibanda, c'est comme prendre une grande claque dans la figure dont l'effet brûlant ne se fait sentir que plus tard. Un fou noir au pays des Blancs l'a révélé.
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Voir un spectacle de Pie Tshibanda, c'est comme prendre une grande claque dans la figure dont l'effet brûlant ne se fait sentir que plus tard. Un fou noir au pays des Blancs l'a révélé.
L'écrivain et psychologue congolais y racontait avec humour et force sa propre histoire, celle d'un candidat réfugié politique qui arrive en Belgique et se bat pour exister, aux yeux des administrations, de ses voisins. Des hommes tout simplement. Un parcours de la déshumanisation qui lui a fait prendre conscience qu'il était seul et qu'il était Noir. Qu'il était différent et que cela engendrait la méfiance. Une expérience qui l'avait poussé à raconter son vécu sous forme de conte, pour nous interroger sur le sens de l'histoire qui nous habite et que nous construisons.
A 54 ans, le voilà de nouveau sur scène avec Je ne suis pas sorcier. Où l'on découvre qu'avec finesse et tout en sourire, ce formidable chroniqueur n'a pas fini de nous ouvrir les yeux sur nos travers d'Occidentaux, à sa manière, drôle, lucide, caustique. Décapante.
Le comique pédagogue revient aujourd'hui pour nous offrir la vision qu'il a de nous. Maintenant qu'il vit ici, qu'il nous côtoie, nous entend, il peut associer Europe et Afrique pour mieux se moquer de leurs différences. Et cette fois encore, on succombe à son univers. On rit devant ce miroir qu'il nous renvoie. Nous et nos préjugés, nous et nos angoisses, nous et notre besoin de catégoriser, de toujours mettre l'autre dans une petite boîte à part.
Pie Tshibanda, le chantre de la vie? Sans aucun doute. Et, à travers sa voix, c'est toute la sagesse africaine qui s'exprime avec truculence pour réveiller les consciences endormies. C'est le poète qui utilise son histoire personnelle pour nous interpeller sur notre identité, nos valeurs, notre éducation, nos enfants, notre société qui parle en "je" plutôt qu'en "nous". C'est aussi la ronde de la vie, l'amour, la mort.
Pour faire passer ce message en forme de pilule amère, rien de tel que l'humour. "Quand les gens quittent mon spectacle, ils disent: on a bien rigolé. Mais quelques minutes plus tard: finalement, est-ce qu'il y avait vraiment matière à rire? Et ils se lancent dans une réflexion qu'une attaque frontale n'aurait pas permise." Et en effet, si le public rit de se voir si justement croqué, le travail de mémoire qu'il effectue ensuite, si léger soit-il, vaut tous les prix du monde… et met les racistes au tapis.
Valérie Kinzounza
Tags: Congo, Afrique, harcèlement, Pie Tshibanda, intimidation, humiliation, moquerie
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