
Aux antipodes des clichés sur les prédicateurs islamistes barbus à souhait et repliés sur leurs traditions, Le Coran, les prêcheurs et les dollars brosse un portrait original des prêcheurs new-look
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Aux antipodes des clichés sur les prédicateurs islamistes barbus à souhait et repliés sur leurs traditions, Le Coran, les prêcheurs et les dollars brosse un portrait original des prêcheurs new-look. Des musulmans bon teint, imprégnés des techniques de communication modernes et d’une vision du monde où foi et business sont plus que jamais compatibles.
Le chapiteau de la rencontre annuelle des musulmans de France au Bourget est plein à craquer, au bord des larmes. Moustache taillée avec soin, bouille enjouée et verbe habile, Amr Khaledélectrise les foules. Ici, pas de place pour les injonctions menaçantes ni d’appel au rigorisme. Cet Egyptien de 42 ans, comptable devenu imam sur le tard et auréolé, en 2006, par le New York Times, du titre de télé-évangéliste musulman le plus influent du monde, libère, depuis une dizaine d’années, une parole teintée d’humanisme. Son filon? Un melting-pot spirituel où s’entremêlent respect de la tradition musulmane et ouverture au monde moderne. "Si tous les gens ici avaient un but précis et qu’ils vivaient pour ce but, croyez-moi, ils changeraient le visage de la terre entière", prêche-t-il.
Fil rouge du documentaire, Amr Khaled, qui a étudié les thèses anglo-saxonnes sur le développement personnel et la neurolinguistique, incarne le succès d’une nouvelle vague de prédicateurs musulmans appliquant à merveille les recettes du télé-évangélisme américain. D’Egypte en Indonésie, en passant par le Koweït et la Jordanie, la caméra du réalisateur Thierry Derouet s’applique à nous montrer comment ces nouveaux guides se démarquent de l’image, martelée dans les médias occidentaux, de l’obscur imam appelant à cor et à cri au djihad.
"Nous sommes des prédicateurs, pas des juges", insiste Tareq Al-Suwaidan, présentateur, entrepreneur et directeur de la chaîne koweïtienne Al-Resalah, après avoir reçu une féministe égyptienne ayant décidé d’abandonner son voile. Pourtant, l’homme n’en pense pas moins, mais son business plan l’emporte sur le traditionalisme obtus: Al-Suwaidan désire avant tout imposer Al-Resalah dans le Top 5 des télévisions arabes.
En Indonésie, premier pays musulman du monde, le rapport de l’islam à l’argent est encore plus décomplexé. Les nouveaux télécoranistes, inspirés par les sourires Colgate des pasteurs américains et leur sens des affaires, y dirigent des centres islamiques vendant aussi bien des pèlerinages à La Mecque que des scooters et où les stages spirituels se monnaient contre l’équivalent d’un mois de salaire.
Efficace pour dresser les contours d’un islam qui se polit, en apparence, à mesure qu’il lie son sort aux lois de l’argent roi, Le Coran, les prêcheurs et les dollars se disperse néanmoins dans un montage-catalogue qui ne gratte pas suffisamment le fond de sauce religieux des télécoranistes et la manière dont ils l’ajustent à l’ambition de leurs portefeuilles. - Quentin Noirfalisse
15 février: 22h15 LA UNE Le Coran, les prêcheurs et les dollars
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