Be1 déroule le tapis rouge pour les Césars

Be1 déroule le tapis rouge pour les Césars
television27/02/2010 09h01

Le tapis rouge est un fantasme de strass, volupté, élégance. Autant qu'une pub rentable pour les créateurs de mode.

Le tapis rouge est un fantasme de strass, volupté, élégance. Autant qu'une pub rentable pour les créateurs de mode.

Vous portez quoi? La question revient sans cesse. Jusqu'au dégoût. La star, docile, répond. Dior, Balenciaga, Chanel, Prada... Elle exhibe un bijou ou la descente de dos d'un tissu griffé, tous sourires dehors et avec une aisance aussi artificielle que le tapis rouge de Cannes sur lequel se baladent ses frêles guibolles. Normal, elle est payée pour. Et grassement. Car elle n'est que le maillon consentant, huilé en continu, d'un cercle vicieux, le business de la mode, que Red Carpet, documentaire mordant, sous ses faux airs glamour, met en pièces avec la méticulosité d'un horloger helvète.

Tout commence bien pourtant, à la préhistoire du strass et des paillettes: vieilles images de descente d'avion de Brigitte Bardot, souvenir de la beauté classique d'Audrey Hepburn, égérie d'Hubert de Givenchy. Le tapis rouge, à l'époque, c'était encore la haie d'honneur pour l'actrice venue incarner un film. Aujourd'hui, il n'est plus qu'un hall de foire, où défilent des femmes-sandwichs, déblatérant, jusqu'à la nausée, à quelques micros inquisiteurs, une fiche-produit des vêtements et babioles qu'elles portent. Dior, Balenciaga, Chanel, Prada et cætera.

Le schéma esquissé par Red Carpet est limpide: nous, le petit peuple, admirons une célébrité, LA célébrité, aidée par une styliste, qui porte une robe offerte par une marque, les médias martèlent le nom de la marque (à sa plus grande joie) au petit peuple, qui, trop pauvre pour se payer la robe, se rabat sur les produits dérivés, lunettes, parfums et cosmétiques. Rien de nouveau sur la planète consommation. Sauf que Red Carpet, bien infiltré dans le panier de crabes, nous montre le ridicule et le cynisme de la situation.

Le ridicule, c'est Milla Jovovich (photo), à quelques heures d'un tapis rouge, Diet Coke en main, entourée de conseillères mode de chez Chanel, s'extasiant avidement devant une armada de tringles. On lui demande de choisir. Elle vend si bien. Pour vendre, justement, "tous les moyens sont bons, c'est une industrie, pas un jeu", s'écrie Marc Bloch, parfaite caricature du styliste new-yorkais. Le cynisme, c'est que ces femmes-images, presque interchangeables, font parfois plus attention à leurs prestations sur tapis rouge qu'à leur filmographie. La peur d'être déchiquetées, en cas de mauvais choix de bustier, par les médias et les blogueurs, ou tout simplement oubliées, par déficit de beauté, est totale. La prise de risque vestimentaire, exclue. Ainsi, la mode menace de piétiner par obsession de l'argent et le miroir aux alouettes qu'elle nous tend éclate en mille morceaux.

27 février: 18h00 BE 1 Red Carpet: Argent, gloire et célébrités 20h15 en clair 35e Cérémonie des Césars

Quentin Noirfalisse

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