La Une: Maladies imaginaires, le nouveau jackpot des labos

television02/06/2010 14h18

 L'industrie pharmaceutique inventerait des maladies pour mieux faire avaler ses pilules.

L'industrie pharmaceutique inventerait des maladies pour mieux faire avaler ses pilules.

Formidable époque où l'on peut guérir de tout. Prenons l'impuissance. En trouvant la molécule du Viagra, Pfizer a rendu leur virilité à des millions d'hommes souffrant de ce mal. Le géant pharmaceutique a aussi actionné un fameux jackpot qui lui rapporte près de deux milliards de dollars par an. La pilule bleue est le symbole par excellence d'une industrie qui s'est mise à médicaliser des phénomènes physiologiques jusque-là considérés comme naturels. Parce que c'est une manière imparable de s'ouvrir de nouveaux marchés.

La première vague d'assaut s'est concentrée sur notre chambre à coucher. Une cible évidente: dans une société au sein de laquelle il est fortement recommandé d'apparaître comme quelqu'un qui "assure" comme une bête, la très complexe mécanique du désir est la source de beaucoup de frustrations et de complexes cachés. Pour nous pousser à acheter, la tactique des labos est bien rodée.

Premièrement, on joue sur les mots. Par exemple, on ne parle plus de frigidité ou de baisse du désir mais de "troubles dysfonctionnels du désir sexuel féminin", ce qui semble tout de suite bien plus grave. Deuxièmement, on impose cette "nouvelle maladie", via les revues médicales notamment, avant de lancer le remède sur le marché à grands coups d'articles dans la presse généraliste. La sexualité n'est évidemment pas la seule matière explorée: dans les années 50, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, une bible en son genre, listait 60 maladies. Un demi-siècle plus tard, il en recense 400 qui vont de la schizophrénie (une vraie maladie) à la "phobie sociale", l'autre nom de la timidité. En gagnant du galon, celle-ci est devenue tout à coup guérissable par antidépresseurs.

Ce documentaire français multiplie les exemples du genre dans ce qui peut apparaître comme une nouvelle charge contre cette industrie pharmaceutique qui, décidément, s'attire bien des foudres ces derniers temps. A la question de savoir si la mainmise, de plus en plus prononcée, des laboratoires sur le monde médical est un scandale ou une évolution, on devine aisément la réponse de la réalisatrice. Le documentaire laisse toutefois la place à la réflexion et la parole à la défense, ce qui permettra à chacun de se forger une opinion.
Pascal De Gendt

2 juin: 22h00 LA UNE Maladies imaginaires, le nouveau jackpot pour les labos

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