
Que pense un aborigène d'Australie la première fois qu'il voit un Blanc? Réponse dans ce documentaire.
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Que pense un aborigène d’Australie la première fois qu’il voit un Blanc? Réponse dans ce documentaire. Un démon ou un cannibale? Battant la chamade, le cœur de Yuwali a longtemps balancé entre ces deux options quand elle l’a aperçu dans son désert. "On avait l’impression qu’on lui avait arraché la peau et il portait une sorte de plat sur la tête… J’étais terrifiée à l’idée qu’il me mange!" Ce "monstre", c’est un homme blanc. Et Yuwali, une aborigène d’Australie à la peau d’ébène, qui n’en avait encore jamais vu jusqu’à ce jour de septembre 1964.
Aujourd’hui, à 63 ans, elle nous raconte en riant cette rencontre du troisième type. La scène est à peu près aussi hallucinante que les premiers pas de l’homme sur la lune. Sous un soleil de plomb, au beau milieu du bush australien, un groupe d’aborigènes émerge d’une dune de sable rouge. Parmi eux, Yuwali, belle jeune femme de 17 ans, ose à peine mettre un pied devant l’autre et garde un œil sur Thelma, sa cousine. Sa tribu, les Martu, est composée uniquement de femmes et d’enfants qu’on voit s’avancer timidement vers un camion. Derrière la caméra, Walter Mac Dougall retient son souffle. Voilà des jours qu’il piste cette tribu et désespère de pouvoir entrer en communication avec elle. C’est lui, l’homme blanc au chapeau. Un officier chargé de vérifier que personne ne vit dans cette partie désertique de l’Ouest où le gouvernement australien s’apprête à envoyer un missile dans le cadre du développement d’un programme spatial.
Il a filmé et photographié les instants précis où les Martu, originaires de la partie occidentale du désert de Gibson, sortait d’une existence nomade millénaire pour marcher vers la modernité. Ces images d’archives extraordinaires constituent le cœur de ce documentaire où se croisent les commentaires de Mac Dougall et de ses hommes avec ceux de Yuwali et Thelma.
Le film est émouvant, mais les rires des deux vieilles femmes, qui n’en reviennent pas de se voir nues à l’écran, ne cachent pas la nostalgie de leur terre, de leurs dingos domestiques, de leur communauté et de leur liberté. A l’issue de cette rencontre, qui symbolise bien le déracinement tragique des aborigènes depuis l’arrivée des premiers colons britanniques en Australie, elles ont été évacuées de force dans un camp. On leur a appris à manger de la farine, à se vêtir et à devenir des bonnes petites Australiennes. "On aurait pu s’y prendre beaucoup mieux" concède rapidement Mac Dougall, alors que les femmes racontent comment il les attachait chaque nuit que dura leur "apprivoisement" pour ne pas qu’elles s’enfuient dans le désert.
Solenne Marion
20h45 ARTE Thema: Le jour où l’homme blanc est venu
Tags: Arte, Documentaire, Aborigène
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