
Machine à broyer des personnalités, le jeu de téléréalité de TF1 est aussi un carrefour de l'air du temps. Radioscopie.
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C'est Superdry, un mercredi après-midi d'émeute.
A part ne rien faire, que font les candidats de Secret Story? Ils jouent les portemanteaux (enfin, quand ils sont habillés) et les prescripteurs de tendances pour les 12-25 ans, multipliant les effets de look et incarnant ce que les jeunes aiment le plus au monde (après leurs amis sur Facebook), leurs fringues. Avec sa déco flashy de vitrines de centre commercial, Secret Story joue sur les passions du moment en matière de goûts. Et notamment sur le gros penchant des mômes pour le design fluo et la mode low cost. A certains moments, Secret Story, c'est les cabines d'essayage chez H&M au premier jour des soldes. A d'autres, c'est Superdry, un mercredi après-midi d'émeute. Dans le déroulé du feuilleton, l'attachement aux candidats se fait aussi par là: il ou elle a un trop beau "staïle"! Sans compter l'idée de profusion… Les héros de l'émission portent rarement deux fois le même vêtement - sauf Bastien qui a porté trois fois son tee-shirt Madonna! Cette idée d'abondance anticrise qui dirait que plus il y en a, plus il en faut.
Au-delà des vêtements, l'émission impose aussi une façon de se mouvoir qui reflète un certain esprit du cool d'aujourd'hui. Une façon de bouger et de parler qui, reproduite à la maison, doit combler de satisfaction les parents à cheval sur la politesse. Le style pétasse pour les filles, l'allure bad boy pour les garçons - la position spéciale feignasse (affalée sur canapé en jeans et talons hauts) pour elle, le mode beau gosse (torse nu en bermuda et lunettes noires) pour lui. On trouve dans Secret Story les silhouettes standard autour desquelles s'articulent les valeurs de la jeunesse d'aujourd'hui. Fringues, fric, bling-bling et compagnie.
Même le bourgmestre de Liège est dans le coup.
La mode des Belges à Paris (Benoît Poelvoorde, Amélie Nothomb, Cécile de France, François Damiens, etc., sans compter tous ces stylistes - et pas que flamands! - qui opèrent dans les grandes maisons de couture) a fini par déteindre sur la France d'en bas, cible privilégiée de Secret Story. A force de lui répéter que les Belges sont les champions de l'autodérision, la France a fini par le croire et s'est dit qu'il n'y avait pas meilleurs clients pour la téléréalité bas de plafond. A gauche et à droite, si l'on fouille bien, on trouve toujours un candidat belge qui traîne à la télé française. De Mario (en finale contre Jenifer pour la première Star Ac')à Christophe Bourdon (le phénomène de Tout le monde veut prendre sa place), les Belges font quasi l'objet d'un quota sur les chaînes françaises.
C'est encore le cas dans Master Chef dans lequel officie Audrey, une Bruxelloise pour qui la cuisine "c'est quelque chose qui fait partie de moi 24 heures sur 24". Prononcé avec cet accent si exotique qui fait croire aux Français que tous les Belges habitent Bruxelles et s'appellent tous "Van Quelquechose", et le tour est joué. Record absolu, la saison en cours de Secret Story a aligné six Belges au casting parmi lesquels Amélie et Senna, proclamés idoles cathodiques depuis leur mariage célébré en direct. En France, l'épisode des noces en blanc a rameuté 3.369.000 téléspectateurs (pic d'audience de la saison contre 2,9 millions le vendredi précédent). Chez nous, le mariage a grimpé à 325.000 téléspectateurs (bon chiffre pour une émission de 23 h) contre 250.000 la semaine d'avant. Un événement dans la galaxie de la téléréalité qui a même poussé Willy Demeyer, le bourgmestre de Liège (d'où sont originaires les jeunes mariés) à faire le déplacement jusqu'à Paris, à prononcer un discours et, quand on y pense, à jouer le jeu à fond. Pour ceux qui, en Belgique, considèrent Secret Story comme la plus grande singerie du monde (et il y en a), la participation de Demeyer reste un
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