Devoir d'enquête: Charleroi au bord de l'overdose

Devoir d'enquête: Charleroi au bord de l'overdose
television24/11/2010 15h32

Une plongée dans le travail quotidien de la brigade carolo des stups. Entre adrénaline et misère.

Une plongée dans le travail quotidien de la brigade carolo des stups. Entre adrénaline et misère.

Le trafic de stupéfiants est une plaie moderne qui n'épargne aucune ville. Surtout pas Charleroi comme le démontre ce reportage de Jean-Christophe Adnet et Adrien Lasserre. Le sujet ne fera certainement pas plaisir aux dirigeants de la cité carolo qui tentent de redorer l'image de la ville depuis plusieurs années, mais les chiffres sont sans appel: de 1.300 dossiers "stups" ouverts au parquet de Charleroi en 2006, le nombre est monté à 2.500 en 2009. C'est le gros point noir de la lutte contre la criminalité dans le Pays noir qui, dans d'autres domaines, enregistre plutôt de bons résultats.

"Notre travail s'apparente à des sacs de sable que l'on ajoute à un barrage pour contenir une rivière. Sans ses sacs, le barrage craque, mais ils ne suffisent pas à arrêter le cours d'eau": une judicieuse comparaison que l'on doit à l'un des membres de l'ORA (pour Observation Recherche Arrestation), les flics antidrogue de Charleroi. Le reportage suit le travail au quotidien de Stef, Vince, Brutus, Shrek, Jack, Malo, La Fouine, Poussin et Mario. Des prénoms et surnoms sortis tout droit d'une série policière.

Pourtant, pas de glamour hollywoodien ici, le travail de terrain quotidien de ces policiers les met aux prises avec un milieu souvent miséreux, ravagé par l'héroïne, et parfois dangereux. Les poussées d'adrénaline, lorsqu'il faut procéder à l'arrestation d'une bande qui gagne jusqu'à 5.000 € par jour, cèdent ainsi souvent la place à un travail moralement plus pénible: l'arrestation des dealers de rue, des clandestins parfois mineurs, que la précarité transforme en recrues rêvées pour les trafiquants. "Des victimes", résume un policier.

Pour l'ORA aussi, ce sont les cibles les plus faciles. Cette "guerre sans fin" contre ces petits revendeurs est pourtant nécessaire. Leur présence, et leur activité au vu de tous, entretient un sentiment d'insécurité dopé par la délinquance qui se cale inévitablement dans le sillage du trafic: vols, agressions ou attaques de commerce de la part des drogués en manque d'argent. Voire des règlements de compte entre dealers se disputant un territoire de vente.

Parfois, une pression policière constante dans le temps réussit à nettoyer des quartiers, comme à Marchienne-au-Pont, ex-supermarché de la drogue à ciel ouvert. Et le trafic reprend ses aises un peu plus loin. Entre fatalisme et réalisme, les policiers sont conscients que leur rôle se limite à celui de garde-fou. Le reportage dresse un constat gris foncé d'une réalité sociale qui ne l'est pas moins.

24 novembre: 20h20 LA UNE Devoir d'enquête: Charleroi au bord de l'overdose

Pascal De Gendt

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