Sacrée Mylène (Webjournaliste Academy)

Sacrée Mylène (Webjournaliste Academy)
mosquito22/09/2009 15h06

Soyons honnêtes. Dans mon esprit, la nébuleuse Mylène Farmer se réduisait principalement à l'apparition d'une rousse menue et peu farouche qui offrait ses charmes à des capitaines d'infanterie ou s'enfuyait dans la neige telle une Cendrillon du goulag.

Soyons honnêtes. Dans mon esprit, la nébuleuse Mylène Farmer se réduisait principalement à l’apparition d’une rousse menue et peu farouche qui offrait ses charmes à des capitaines d’infanterie ou s’enfuyait dans la neige telle une Cendrillon du goulag.

Un univers visuel ambitieux nappé de complaintes mélancoliques, un filet de voix attisé par un tas de sous-entendus franchement cul. Et finalement, ce n’était pas plus mal entre deux chansons de Francis Cabrel.

À l’aube des années 90, Mylène délaisse l’ultra-romantisme pour enfiler du cuir hypoallergénique. Elle accentue toujours les consonnes du mot « sexe » mais ça ne frissonne plus pareil.

Quoi qu’il en soit, 25 plus tard, ses performances flamboyantes mobilisent toujours des foules et le contingent Mylène compte parmi ses rangs les escadrons de fans les plus frénétiques. Pour son seul passage à Bruxelles depuis l’an 2000, il me tenait à cœur de me refaire une virginité dans le monde ouaté de Mylène Farmer.

Le spectacle s’ouvre sur un œil aux paupières hésitantes. Le décor étale ensuite un somptueux cabinet d’anatomie aux structures apparentes. À l’arrière, un mur fragmenté d’écrans, tour à tour habités de silhouettes désincarnées ou de la présence de la maîtresse de cérémonie.

Du haut de sa volée d’escaliers, Mylène Farmer paraît apaisée et souriante, éloignée de sa combinaison d’écorchée vive. Plus de 2 heures durant, chorégraphies mécaniques au cordeau, costumes sophistiqués et jeux de lumière léchés s’enchaînent.

De son côté, elle assure morceaux récents et incontournables, virées techno et pause lacrymale. En live, ce qui fait toujours plaisir. Petite faiblesse inavouable, « Désenchantée » surgit en bout de course, au grand bonheur de tous.

Lorsque le stade se rallume, je m’intéresse à mes voisins de gauche. À leur nuque, le médaillon en forme de crâne, signe de leur appartenance à la tribu Farmer. Ils ont fait le déplacement depuis Paris, après avoir fait un arrêt à la Halle de Lyon. Philippe, 59 ans, est accompagné de son amie Joe, 38 ans, et de sa fille. Il dit être un admirateur de Mylène depuis ses débuts et accessoirement, fonctionnaire au Ministère des Finances. Encore enivré, il me parle de l’univers particulier de Mylène, de sa voix et de son appréciable discrétion. De sa maîtrise totale de la mise en scène et de sa générosité vis-à-vis de son public. De sa douceur et des émotions qu’elle transmet. D’une certaine légèreté retrouvée après une période tourmentée.

À la sortie, je croise aussi Catherine, 46 ans, d’Evere. Elle est entourée de son compagnon et de sa nièce, Stéphanie. Mylène Farmer est une affaire de famille, une passion qui s’hérite. Catherine a dévalisé la boutique, depuis les t-shirts jusqu’au calendrier, en passant par le porte-clé. Elle aussi suit la chanteuse depuis ses premières notes. À nouveau, j’entends les qualités qui touchent : style unique, sensibilité, discrétion et surtout simplicité.

Sur le chemin du métro, je surprends la conversation de deux amies. « C’est passé trop vite. On a pas eu le temps de réaliser. »

Je regagne la station de métro. Je ne suis toujours pas convertie et je m’en étonne presque.

Cet article a été écrit par Gwen Pitseys pour la Webjournaliste Academy

Gwen. 28 ans. Etudes prolongées en Communication Visuelle. Graphiste de passage en Inde et au long cours à Bruxelles. Joue toujours les solos de Led Zep à la raquette en pensant que ça ne se verra pas à travers les rideaux. N’a toujours pas compris « Mulholland Drive » mais n’ose pas l’avouer en public. Ne rate jamais les bandes-annonces avant le début du film, après c’est moins bien. N’assimile pas plus de 2 verres de bière et les collègues se réjouissent d’oublier ce détail à chaque soirée. Pense qu’Elvis n’est pas mort, il joue juste au flipper dans un bar de Libramont.

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