Expo: El Greco le génial

Expo: El Greco le génial
mosquito16/02/2010 11h52

Oublié pendant deux siècles, El Greco a inspiré Manet, Picasso, Pollock... A Bozar, une expo d'exception

Oublié pendant deux siècles, El Greco a inspiré Manet, Picasso, Pollock... A Bozar, une expo d’exception

 Des corps allongés, de longues mains d’une rare élégance, des drapés aux couleurs voluptueuses, des visages étirés, cadavériques, des regards fiévreux, de grands coups de pinceau, des taches de peinture…, c’est tout cela qui saute aux yeux, dès le premier contact avec l’œuvre de Domenikos Theotokopoulos, né en Crète en 1541 (d’où son surnom de El Greco) et décédé en 1614 à Tolède, où il s’est réellement accompli. Ceci, après avoir séjourné à Venise et s’y être frotté au Titien et après s’être un bon moment installé à Rome où il admire la sculpture et l’aspect monumental des compositions de Michel-Ange mais reste indifférent à sa peinture. De ces courants variés dans lesquels on retrouve encore l’art de l’icône byzantine de son pays natal, El Greco réalise une synthèse, ce qui fait de lui un peintre innovateur et résolument à l’avant-garde. Il est dès lors souvent incompris. Jugé extravagant, voire provocateur, il n’aura pas les faveurs de la cour de Philippe II. Ce qui ne l’empêchera pas d’avoir du succès, d’être à la tête d’un atelier, un peu comme Rubens. A sa mort pourtant, la mode est au style naturaliste - le "caravagisme" - aux antipodes du génie "maniériste" du Greco. Perçu comme bizarre ou ridicule, il tombe dans un relatif oubli jusqu’à ce qu’il soit redécouvert par un collectionneur, le marquis de la Vega-Inclan qui en 1910 érige à Tolède un musée à sa gloire, musée actuellement fermé pour préparer l’anniversaire en 2014 de la mort du peintre.

 Ceci, en plus de la présidence espagnole du Conseil de l’Europe, nous vaut de voir à Bruxelles des œuvres venues donc de Tolède, mais aussi du Prado. Superbe, l’exposition présente une quarantaine de tableaux du grand peintre espagnol et de son atelier, dans un parcours aéré et une pénombre intimiste qui laisse toute la place aux œuvres éclairées avec finesse. Certes, on n’y retrouve pas certaines grandes œuvres difficiles à déplacer, tel le célèbre Enterrement du comte d’Orgaz, mais une scénographie ingénieuse nous la fait d’une certaine manière revivre. Et par ailleurs que de splendeurs, dont certaines furent redécouvertes dès 1898 par le romantisme! Que de modernité dont s’inspira dès 1908 Picasso pour sa période bleue, puis Manet, puis l’expressionnisme… Tableau après tableau, on découvre l’évolution du Greco, l’étourdissant Christ dépouillé de ses vêtements, les très humaines Larmes de saint Pierre et, en point d’orgue, l’ultime série des Apôtres (Jean l’Evangéliste, Jacques le Majeur, Matthieu…), véritable testament pictural du maître. Des œuvres jamais sorties du Musée du Tolède. A travers elles, Bozar nous propose une vraie leçon de peinture. Une merveille! - P.N.

> Jusqu’au 9/5. Palais des Beaux-Arts (BOZAR), entrée rue Royale 10, 1000 Bruxelles. Du ma. au di. de 10 à 18h, je. jusque 21 h. Fermé lu. Prix: 10 € et réduits. Gratuit: -12 ans. Billet combiné avec expo Frida Kahlo. 02/508.82.00. www.bozar.be

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