
Quand on pense qu'on pensait que nos grands patrons de banques étaient des gros nazes qui nous ont fourré dans une michepapoutte possible. Or non, pas du tout!
Par exemple, prenez Jean-Paul Votron, le Chief Executive Officer machin-chose de Fortiche viré à l'insu de son commun accord en juillet 2008. Jipé était entendu vendredi par la Commission parlementaire qui doit faire toute la lumière (mais à huis clos) sur le pourquoi du comment des responsabilités qui nous ont fourrés dans cette méga-gadoue bancaire. Nous, on se disait que c'était l'occasion pour Jipé d'avouer une ch'tite erreur de rien du tout ou de faire une racine cubique de demi-mea-culpa. "Oui, peut-être que, nonobstant ma sublime grandeur managerale, éventuellement qu'à la rigueur que que peut-être qu'ai-je pu avoir comme un soupçon de poil de quéquette de mouche de semblant d'étourderie très passagère quand j'ai claqué 24 milliards d'euros pour le rachat d'ABN Amro." Même pas. Le patron de Fortiche a tout bien fait comme il faut. Pas une seule micro-erreur! On le sait à bonne source: c'est Jipé lui-même qui l'a dit à la Commission. Et d'ailleurs, si la banque est sur sa caisse, d'après Jipé, c'est la faute à la "mauvaise humeur" de ces éwarés de "petits porteurs", relayée par ces enfoirés de médias, ce qui a ruiné le capital confiance en sa très haute personne et donc foutu le patatras chez Fortiche. Donc, chers petits actionnaires ruinés, sachez que tout se résumait à une question de belle confiance en Monsieur Votron. Si vous aviez eu confiance, Fortiche ne serait pas gavé d'actifs toxiques, par exemple. C'est con: vous auriez dû vous comporter en "petits porteurs" bien comme il faut. C'est-à-dire se la coincer et faire tous les soirs une prière à la Saint-Votron avant d'aller au dodo. C'est tout. D'ailleurs, Jipé est très fâché sur vous. Comme il l'a dit à la Commission, il éprouve même "de l'amertume et de la frustration". Et, pour laver l'affront, il se verrait bien revenir à la barre de Fortiche. Si, si.
Tu sais quoi, Jipé? Je comprends que ton injuste éviction avec seulement 1,3 million de parachute doré te soit "insupportable". Tout ça à cause de ces petits porteurs, franchement! Mais tu sais quoi, Jipé? Ils ne te méritent pas. Et si j'étais toi, je me vengerais en ne revenant jamais à la tête ou même au guichet d'une banque! Pour leur montrer comment que ta vengeance est terrible, tu prends un peu un billet d'avion, tu prends tes millions, tes cliques et tes claques et tu t'en vas loin, très, très loin. Non, Jipé, pas en Antarctique: on vient d'y installer une toute nouvelle station polaire et je ne voudrais pas que tu nous la fiches par terre. Plus loin encore! Je ne sais pas: quelque part sur Neptune ou sur Orion, par exemple. Non, Jipé, pas d'Internet ni de téléphone! Le plan, c'est que tu ne touches plus à rien chez nous. Tu élèves des chèvres, tu pèches à la truite, t'écoutes l'intégrale de Patrick Fiori et tu plantes des tomates cerises. Et alors, très important!, tu prends Maurice Lippens avec toi. L'autre avantage de cette destination, c'est que tu es certain de ne plus jamais y rencontrer un petit porteur. Des fois que l'un ou l'autre serait tenté de te refiler un gros coup de boule de gros porteur.
v.peiffer@telemoustique.be
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