Acquis sociaux

Acquis sociaux
les chroniques21/09/2009 16h09Vincent Peiffer

C'est comme ça qu'on reconnaît les grands: au fond, ils se ressemblent. Prenez José Happart et Silvio Berlusconi. A priori, ils ont autant de points communs qu'un pot de yaourt et une navette spatiale.

L'un est de gauche (si, si!), l'autre est de droite (si pas plus). Berlu figurera très bientôt en poster central du nouveau Guide pratique du lifting et de la liposuccion, tandis que José cultive volontiers ce côté rustique en tricot à carreaux et qui sent bon le Maredsous à pâte dure.

Mais si on cherche bien, on trouve. Par exemple, ils ont tous les deux un joli petit nom. L'un est surnommé "Il Cavaliere" et l'autre "Li Bovidé". (Je sais, c'est nouveau, mais je trouvais que le "Hérisson fouronnais" était un peu faisandé, alors que "Li Bovidé" rend bien cette inimitable diction de ruminant et cette attitude de vieux taureau bourru.) Autre point de convergence entre Il Cavaliere et Li Bovidé: ils ont chacun une maison de campagne. Silvio en Sardaigne, où ça sent la bimbo parfumée au bord de la piscine. Et José à Fouron-Saint-Pierre, où ça sent le purin dans la cour. Et puis, surtout, ils ont tous les deux ce sens inné de la formule.

Jojo nous a broubelé un très bon mot pour justifier ses 530.000 € brut d'indemnités d'ex-président du Parlement wallon: ce sont des "acquis sociaux". Du côté des ouvriers de la Sonaca ou des producteurs de lait, on a été très tenté de se choper José dans un coin, ceci afin de lui administrer une bonne centaine de claques. Mais c'eût été injuste. Parce que c'est pas sa faute, à Jojo! Il faut comprendre que, dans le peuple de gauche, certains termes sont ancrés dans le vocable de manière quasi pavlovienne. "Acquis sociaux", c'est comme "grève sauvage" aux TEC ou "on a toujours fait comme ça" chez les ex-échevins PS de Charleroi: ça vient tout seul. Et comme José est socialiste depuis très longtemps (si, si!), ça lui a échappé.

Evidemment, Li Bovidé n'a pas atteint la maîtrise du Paganini de la formule. Il Cavaliere vient encore de nous gratifier d'un chef-d'œuvre: "Je suis le meilleur président du Conseil des 150 dernières années de l'histoire italienne", confiait-il lors d'une conférence de presse avec le Premier ministre espagnol Zapatero. Précisons qu'il l'est vraiment, président du Conseil italien. Ceci au cas où vous auriez eu la vague impression, ces derniers mois, que Silvio était acteur porno sur une chaîne télé pour seniors.

A côté d'un Zapatero sidéré comme un point d'exclamation, le cavaleur se laissa ensuite aller à une confidence de la plus haute intensité géopolitique: "Je n'ai jamais versé une lire, un euro pour une prestation sexuelle." Je vous conseille donc vivement de ne pas manquer la conférence de presse du très prochain G20. Si tout va bien, Berlusconi devrait y annoncer que "Barack Obama est une lopette communiste", ceci avant d'expliquer à Angela Merkel la meilleure façon d'enfiler une capote goût fraise à son chéri d'amour. Juste un petit mot pour mon ami Didier Reynders. Surtout, Didjé, ne tente pas d'imiter Silvio par une déclaration du genre: "Je suis le meilleur président libéral de l'histoire belge. Et aussi le meilleur coup du MR." En Italie, ça fonctionne. Chez nous, je sais pas…
v.peiffer@telemoustique.be

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