Verdomme nom de djoss!

Verdomme nom de djoss!
les chroniques01/03/2010 09h00Vincent Peiffer

Il faut toujours s'inspirer de ceux qui sont à la pointe de l'éthique. Et un pays qui donne souvent l'exemple, dans ce domaine, c'est l'Italie. Par exemple, là, un Premier ministre peut prôner les valeurs familiales chrétiennes et en même temps aller aux putes, mais en cachette.

Il faut toujours s'inspirer de ceux qui sont à la pointe de l'éthique. Et un pays qui donne souvent l'exemple, dans ce domaine, c'est l'Italie. Par exemple, là, un Premier ministre peut prôner les valeurs familiales chrétiennes et en même temps aller aux putes, mais en cachette.

En Italie, on sait se tenir. La Fédération italienne de football vient d'ailleurs d'adopter un utile règlement, question de bien se tenir. Je vous vois venir: elle va enfin éradiquer le fascisme des stades de foot! Elle va limoger ces joueurs qui, comme Paolo Di Canio, font le salut hitlérien à leurs copains supporters de la Lazio Roma! Elle va nettoyer les tribunes des hordes de supporters racistes! Eh bien non. Au pays de Silvio Berlusconi, le football a décidé d'aller encore plus loin en s'attaquant à la racine du mal: le blasphème! La Fédé italienne sanctionnera désormais d'un carton rouge tout joueur qui blasphémera sur le terrain.

C'est qu'après avoir encaissé un but, le gardien de la Juventus de Turin a proféré une véritable abomination: "Dio Santo!" (l'équivalent transalpin de notre "Saint Nomdidju!"). Afin de confirmer l'ignominie, la Fédé a même fait appel à des spécialistes pour lire sur les lèvres du gardien. Heureusement, dites, que Gianluigi Buffon n'a pas usé de jurons locaux encore plus odieusement blasphématoires, tels que "Dio Cane!" (Dieu chien) ou "Porco Dio!" (cochon de Dieu). Ce qui eût mérité une radiation à vie doublée d'une excommunication. Donc, je récapitule pour ceux qui joueraient un match en Italie: vous pourrez traiter les sœurs de vos adversaires de péripatéticiennes et lancer quelques "Va fanculo!" à la cantonade. Mais au moindre "Nom de Dieu!", c'est dehors! Si vous allez voir un match du calcio en tribunes, pas de changement: vous pourrez lancer du "bougnoul!" ou du "moutouf!" à votre aise.

N'empêche, quel progrès! Un mieux qui n'a pas échappé à notre nouveau primat de Belgique. Monseigneur Léonard veut d'ailleurs proposer à l'Union belge de foot d'appliquer une mesure similaire sur nos terrains. Une mesure win-win. D'une part, elle rapprocherait encore un peu plus l'Eglise du peuple. D'autre part, la Fédération de football améliorerait encore un peu plus la réputation de notre football. Monseigneur Léo a donc pris les devants en établissant une liste des blasphèmes très prochainement proscrits sur nos verts gazons. Il y a bien sûr le classique "God verdomme!" flamand et le "Crénom di dju!" wallon, ainsi que le plus bruxellois "Nom de djoss!".

Attention, les versions plus locales de type "Di dja!" ou "Te djeu!", et même le bilingue "Verdomme nom de djoss!" ne seront pas tolérées non plus. Bien évidemment, Léo a également voulu protéger les saints du paradis. Plus question donc de "Sainte Quéquette, mais qu'est-ce qu'il est naze, ce referee!" ou de "Dégage ce ballon, Saint Nomdidju!" ou encore de "Tu le siffles quand, ce peno, à la saint-glinglin?". Petite touche œcuménique: Léo a insisté pour que les mesures anti-blasphèmes s'étendent aux autres confessions. Plus question donc de proférer des "Nom de Bouddha!", des "Nom de Jéhovah!", des "Nom de Mahomet!" ou des "Nom de Krishna et Vishnou!". On est progressiste ou on ne l'est pas.
v.peiffer@telemoustique.be

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