J'oserais?

J'oserais?
les chroniques23/04/2010 12h50Vincent Peiffer

 J'ose? Allez, j'ose: apartheid. O.K., O.K., je regrette déjà! Ce n'est pas bien d'affirmer que la Flandre pratique une discrimination organisée pour protéger son sol adoré de salissures externes. C'est un affreux raccourci!

J’ose? Allez, j’ose: apartheid. O.K., O.K., je regrette déjà! Ce n’est pas bien d’affirmer que la Flandre pratique une discrimination organisée pour protéger son sol adoré de salissures externes. C’est un affreux raccourci!

Parce que ça n’a rien à voir avec de la discrimination raciale: c’est juste linguistique! Une fois de plus, un empaffé de francophone fait passer la Flandre pour xénophobe! Tout ça, alleï, parce que quelques bourgmestres prennent leurs aises avec les libertés fondamentales! Au début, la force publique flamande (gouvernement et communes) assumait seule sa mission: elle excluait les enfants francophones de plaines de jeu flamandes, réservait des terrains à bâtir ou des logements sociaux aux seuls Flamands et refusait l’achat de maisons à des francophones. Tout ça était fondu dans des décrets qui sentent bon la poésie ethnique: "Wonen in eigen streek" ou "Wooncode".

C’était de l’intégration sociale, qu’ils disaient. Or on sait que le Flamand aime faire les choses correctement. Et pour bien faire du social, il faut de l’aide. Voici donc que la force publique flamande délègue le boulot. A Overijse, à Gooik et à Vilvoorde, trois communes de la périphérie bruxelloise, les bourgmestres ont conclu des arrangements (secrets) avec des promoteurs immobiliers: qu’ils ne vendent aucun nouveau logement à des non-Flamands. Une sorte de sous-traitance au privé, en somme. Heureusement, nous sommes en démocratie. Vous imaginez? Si ce n’était pas le cas, ces bourgmestres pourraient laisser organiser un système de délation entre citoyens.

Pardon? Vous me dites qu’à Overijse, le maïeur avait déjà ouvert un bureau communal où le bon citoyen flamand a le loisir de venir dénoncer des voisins qui utiliseraient une autre langue que celle du cru? J’avais déjà oublié…

 Je ne sais pas vous, mais moi ça me rappelle des trucs, ça. En Afrique du Sud, en ex-Yougoslavie ou un peu plus près de chez nous, des forces publiques ont un jour demandé à certains de leurs citoyens de les aider à en exclure d’autres. Et ça a fini par mal tourner. Très mal. Mais bon, on n’en est pas là, vous pensez! D’ailleurs, s’il y avait danger d’apartheid ou d’épuration quelconque, vous imaginez bien que le ministre flamand de l’Intérieur, Geert Bourgeois (N-VA), n’aurait jamais dit tout son "respect" pour ces accords entre communes et promoteurs immobiliers, parce qu’elles se révèlent très "efficaces".

Et puis, les autres politiques flamands - de vrais démocrates, eux - dénonceraient ces pratiques, attaqueraient eux-mêmes en justice ces bourgmestres. Parce qu’ils ont une sainte horreur des discriminations, quelles qu’elles soient. On va dire qu’ils ne s’agit que de malheureux cas isolés. Que ces petits bourgmestres sans importance se la pètent un peu. Pardon? Vous me dites que, parmi eux, il y a un ex-Premier ministre, qui était le bourgmestre de Vilvoorde au moment où ces petits accords secrets ont été conclus? Et vous dites que ce grand homme est aujourd’hui le "Médiateur royal" désigné par notre brave souverain pour trouver "la solution/de oplossing" à la bombe BHV?

Que l’avenir de la Belgique est entre ses neurones? Non, pas Jean-Luc Dehaene! C’est impossible: il est ministre d’Etat! Ce type ne peut pas flirter avec des puanteurs comme l’apartheid ou l’épuration rampante! Ou alors, il ne le fait pas exprès. Je sais pas, peut-être que Bibendum n’a pas lu beaucoup de livres d’histoire, quand il était petit. Ou alors il a la mémoire très, très courte. Ou alors il a été distrait. Merde, trouvez-lui une excuse! Vite!

v.peiffer@telemoustique.be

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