Bernard Werber: J'ai vraiment besoin de faire des enfants à la science

Bernard Werber: J'ai vraiment besoin de faire des enfants à la science
les chroniques19/11/2010 09h55Seba Ministru

L'auteur des Fourmis publie Le rire du cyclope, polar techno-historique sur le pouvoir des blagues. Non? Si!

L'auteur des Fourmis publie Le rire du cyclope, polar techno-historique sur le pouvoir des blagues. Non? Si!

Bernard, avez-vous déjà écrasé une fourmi?
Bernard Werber. - Volontairement, non. Sans le faire exprès, probablement.

Vous venez de fusiller votre réputation!
Non, mais il y en a, elles sont tellement petites.

Croyez-vous en la réincarnation?
Certaines de mes précédentes réincarnations y croyaient, personnellement, j'ai des doutes.

Vous imaginez? Vous ne pouvez pas, vous, être réincarné en autre chose qu'en fourmi.
En théorie, on ne peut que monter dans le niveau d'évolution organique. J'espère donc être réincarné dans quelque chose d'encore mieux que l'humain.

Au départ, vous étiez journaliste scientifique. Vous auriez pu travailler pour le magazine C'est pas sorcier...
Ah oui, j'aime bien cette émission, mais...

Ah, il y a un "mais"!
Oui, j'ai besoin de sortir du cadre du réel. Juste décrire la science, ça me semble trop limitatif. J'ai vraiment besoin de faire des enfants à la science et de voir ce que ça pourrait donner si on poussait plus loin le bouchon.

De faire des enfants à la science?
Oui. La science a besoin de fécondateurs. Un auteur comme Aldous Huxley a fait avancer la déontologie autour de la génétique. George Orwell a fait avancer la politique et la sociologie. Je crois qu'on change plus le monde en tant qu'auteur de science-fiction qu'en tant que simple journaliste.

Merci pour les simples journalistes! Pourquoi les gens qui vous adorent vous adorent?
Parce que je les fais rêver. Un bon livre est une chose qui vous transforme et qui ouvre des portes...

Non, mais franchement! Vous faites rêver, vous citez Huxley, Orwell, vous ne vous prenez pas pour... Pour de la merde, disons...
En effet, j'ai la prétention d'être un bon écrivain. Mais comme tout le monde, j'ai des doutes. Alors, quand j'ai un doute, vous savez ce que je fais? Je vais dans une librairie lire les premières pages des best-sellers français et quand je vois ce que c'est, je me dis "Attends, je suis quand même nettement au-dessus du lot".

En fait, vous écrivez pour des lecteurs qui ont gardé en eux un gastronome en culottes courtes!
Oui, tout à fait. Et c'est ma fierté. J'écris pour dire aux gens que ce monde est rempli de possibilités. Je n'écris pas pour des gens qui se surveillent pour voir s'ils sont dans la mode intellectuelle du moment.

Qu'est-ce que vous voulez sur votre tombe?
Heu...

Allez, Bernard, faites-vous plaisir...
J'aime bien la phrase de Philip K. Dick, "Je suis vivant et vous êtes morts". Il y a une énergie fabuleuse dans cette phrase, j'aimerais bien mettre ça sur ma pierre tombale.

Je vous souhaite qu'on vous la grave le plus tard possible.
Merci.

"Le rire du cyclope", Albin Michel, 617 p.

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