Billy Paul - Me and Mrs. Jones (1972)

Billy Paul - Me and Mrs Jones
musique07/08/2012 20h33Axel du Bus

 

Le classique du Philadelphia Sound raconte une histoire vraie. Enfin presque...


Nous sommes à Philadelphie, en 1972, dans un petit bar au pied du Schubert Building, siège de la compagnie musicale Philadelphia International Records. Les producteurs et auteurs Kenny Gamble et Leon Huff y ont leurs habitudes. "Un mec venait dans ce bar tous les jours, raconte Gamble. Un petit gars, qui ressemblait à un juge. Le lendemain, il était de nouveau là, et comme d’habitude, un quart d’heure plus tard, il y avait cette fille qui arrivait. Ils étaient assis à la même table, puis ils allaient au juke-box mettre les mêmes chansons. Puis chacun repartait dans sa direction. Elle aurait pu être sa fille, sa nièce ou n’importe qui, mais nous avons vu ça comme une connexion romantique entre deux personnes. Nous, on est des auteurs, on pense toujours à une chanson… On s’est dit "Ça, c’est moi et Mrs. Jones". Alors on est remontés dans nos bureaux et Leon a écrit la chanson."

Cette chanson, c’est bien sûr le classique du Philadelphia Sound Me and Mrs. Jones qui sera chanté par Billy Paul, un musicien qui a joué dans le passé avec des artistes mineurs comme Dinah Washington, Miles Davis ou Charlie Parker... LOL!

Et elle raconte exactement ce que Kenny et Leon ont observé. En gros, ça donne: "Moi et madame Jones, on a un truc ensemble, on sait tous les deux que c’est pas bien, mais c’est plus fort que nous. On se voit tous les jours à six heures et demie dans le même café, on se tient la main, on se monte des projets en écoutant notre chanson favorite.

Mais on doit faire gaffe, ne pas trop espérer l’un de l’autre, parce qu’elle a ses obligations et moi, j’ai les miennes. Voilà, faut qu’on y aille, ça me fait horriblement souffrir, mais bon, je sais qu’elle sera là demain".

Ainsi décrite, on imagine un couple illégitime qui se cache et s’aime en secret. Une histoire simple, aurait dit Claude Sautet. Trop simple peut-être. Surtout si l’on sait que, en argot américain, "jones" signifie une envie irrépressible, une obsession ou, carrément, une addiction à l’héroïne. Et là, ça change tout.

Des rendez-vous secrets et quotidiens, avec une maîtresse, oui, mais pourquoi pas avec la came ou un dealer? Si vous appliquez cette grille de lecture, ça fonctionne assez bien (même si un camé écoute rarement de la musique avec son fournisseur). Et dans ces années-là, Billy Paul, de son propre aveu, ne carburait pas qu'au jambon-beurre.

C’était notre passage obligatoire "deux chansons sur trois dans l’histoire de la musique parlent de sexe ou de drogue". Ah oui, encore une chose: quand on est bien élevé, on ne dit pas "Moi et madame Machin Chose", mais "Madame Machin Chose et moi". Enfin, ce que j’en dis…

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