Punk is not dead

John Lydon
musique31/07/2012 08h30Frédéric Vandecasserie et Luc Lorfèvre

Le mouvement se voulait sans futur à la fin des années 70. Mais il retrouve un second souffle entre vétérans venus récupérer leur part du gâteau et jeunes pousses découvrant la joie de la rébellion.

De Johnny "le pourri" qui recharge P.I.L. (Public Image Limited) pour une tournée lucrative aux milliardaires californiens de The Offspring, en passant par la nouvelle sensation The Bots vue récemment à Dour ou encore le mégalo Greenday et ses trois (!) albums prévus pour la rentrée, le punk est sur tous les fronts. Nihiliste, contestataire, rebelle et surtout très brouillon lors de sa naissance au milieu des années septante, le mouvement s'est mué en un gros business rentable. Si l'éthique de certains vétérans du no future est plus que douteuse, une nouvelle génération d'artistes tente néanmoins de reprendre le flambeau du punk en mettant en avant ses valeurs fondamentales et une musique urgente. Prêts pour le tour de piste? One, two, three, four…

Les plus riches: The Offspring

Les vétérans californiens aux cinquante millions d'albums vendus ont fait le plein de nouveaux disciples en juin dernier, lorsqu'ils sont venus rejouer à l'Ancienne Belgique l'intégralité de leur premier album "Ignition" sorti en 1992. Gorgé de mélodies sautillantes et de riffs ravageurs, leur nouveau disque "Days Go By" est plus prévisible, mais tout aussi efficace. "Quand je vois tous ces gamins à nos concerts qui portent des t-shirts des Ramones ou de Black Flag, je me dis que cette musique n'a pas vieilli,commente le chanteur Dexter Gordon aux tempes grisonnantes. Certes, il y a bien sûr un effet marketing, mais le marketing a toujours coexisté avec la musique punk. Le manager Malcolm McLaren a lui-même avoué avoir monté les Sex Pistols de toutes pièces, misant sur leur attitude et leur accoutrement plus que sur leur musique. Pour moi, le punk n’est pas mort, il a muté. Et c’est sans doute cette évolution qui lui a permis de survivre."

Les plus mégalos: Green Day
Les punks millionnaires américains font très fort. Après leur comédie musicale American Idiot à Broadway, ils annoncent non pas un, mais trois albums. À vos agendas, "Uno" sera dans les bacs le 24 septembre, "Dos" sera publié le 12 novembre, tandis que "Tré" (eh ben oui) sera disponible le 14 janvier 2013. Ce n'est pas un peu beaucoup tout ça? "Le rythme d’un disque tous les deux ou trois ans ne nous convient plus", se défend Billy Joe Armstrong, chanteur du trio. Nous avons composé tant de nouveaux morceaux! C’est aussi ça, le punk: prendre la liberté de sortir trois plaques en trois mois. En dynamitant le business traditionnel de l’industrie musicale."

Le plus tatoué: Blink 182

N'en déplaise à Tom Barman, il y avait plus de monde et d'ambiance devant la grande scène de Rock Werchter pour Blink 182 que pour dEUS. Après une dispute qui a duré quatre ans, le trio s'est reformé pour la tournée des festivals d'été et plus si affinités. "À la fin des années 70, les punks se sont faits arnaquer et voler leur argent au nom d’une éthique défendue par ceux qui, justement, faisaient main basse sur leurs royalties", explique Tom DeLonge, chanteur/guitariste de Blink 182 qui possède aussi deux lignes de vêtements. "La génération suivante, dont Blink fait partie, n'a pas commis les mêmes erreurs. On revendique une musique punk avec des morceaux courts, nerveux et teigneux, mais nous n'avons aucune honte à bien gagner notre vie. Pourquoi tout le monde trouve normal que U2 engrange des milliards de dollars et pas d’autres groupes, sous prétexte qu’ils jouent du punk? C'est grotesque."

Le plus prometteur: The Bots

Mikaiah Lei et son frangin Anaiah avaient respectivement 15 et 12 ans lorsqu'ils ont enregistré leur premier album sobrement intitulé "Self-Titled Album". Une batterie, une guitare, des amplis Marshall dans le rouge, des cookies et du milk-shake à la fraise dans le gobelet… C'était en 2009. Depuis, la fratrie black s'est distinguée au festival afro-punk de New York (oui, ça existe), a reçu la caution des légendaires Bad Brains et a séduit l'Europe. Avant d'assurer la première partie de Blur en août prochain et de jouer au Pukkelpop, The Bots a créé la sensation au récent Dour Festival. Looké comme un basketteur des Harlem Globetrotters version XX Small, Anaiah cogne sur sa batterie comme un éreinté, tandis que son frangin Mikaiah, 18 ans et sourire jusqu'aux dents, joue de la gratte dans un style qui n'est pas sans rappeler celui de Tom Morello de Rage Against The Machine. Côté influences musicales, The Bots évoque plutôt un mélange, à la sauce Simpsons, du MC5, des Bad Brains et The White Stripes. Ça reste encore perfectible, notamment dans les enchaînements, mais les deux brothers possèdent déjà ce petit plus qui les distingue de lot. Maman Lei, qui leur sert de manager et qui a dansé comme une folle sur les côtés de la scène, peut être fière de sa progéniture. L'avenir du rock and roll? Non, le présent.

Le plus aristo: John Lydon

Avec le sens de l'irrévérence qui le caractérise, John Lydon, alias Johnny le pourri (56 ans), ouvre le nouvel album de P.I.L. - le premier depuis 1992 - par un rot caverneux. Il lance ensuite de sa voix criarde "Nous sommes Public Image Limited, nous venons du chaos!" Mais ça, personne n'en doute. L'ex-punk qui cachetonne désormais dans une pub pour du beurre pasteurisé se rappelle ses amours dub/funk wave avec un gros son de basse, des guitares hypnotiques et un regard mi-nostalgique, mi-désabusé, sur l'Angleterre. Il se produira avec P.I.L. le 9/8 aux Lokerse Feesten et vient de signer un contrat juteux avec Universal pour la réédition de "Never Mind The Bollocks" des Sex Pistols. "La reformation des Pistols, c'est pour mon compte en banque, celle de Public Image Limited, c'est pour satisfaire mon ego malade d'artiste. C'est parfait, non?"

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