Marc Moulin : Comme à la radio

Marc Moulin : Comme à la radio
musique16/09/2009 10h08

Le 30 septembre 2008, lorsque selon ses instructions on apprenait à la fois qu'il était mort (le 26) et enterré. Mais Marc Moulin n'avait pas exécuté sa dernière pirouette. Neuf mois plus tôt, alors qu'il travaillait à un quatrième album jazz, plus "chanson" et plus acoustique, il avait enregistré Comme à la radio, titre de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem originellement (et magnifiquement) visité par l'Art Ensemble of Chicago.

Le 30 septembre 2008, lorsque selon ses instructions on apprenait à la fois qu'il était mort (le 26) et enterré. Mais Marc Moulin n'avait pas exécuté sa dernière pirouette. Neuf mois plus tôt, alors qu'il travaillait à un quatrième album jazz, plus "chanson" et plus acoustique, il avait enregistré Comme à la radio, titre de Brigitte Fontaine et Areski Belkacem originellement (et magnifiquement) visité par l'Art Ensemble of Chicago.

Il voulut mener cette reprise jusqu'au bout et qu'elle devienne un des inédits de l'inévitable best of qu'allait sortir le label Blue Note. Pour la première fois et dernière fois, quelques mois avant de la perdre, il déposait sa voix sur les bandes d'un futur CD, sa voix d’homme de radio. Il ne pouvait marquer plus clairement son implication personnelle dans les paroles de Brigitte Fontaine.

Tous les proches le confirmeront: ce texte, il aurait pu l'écrire. Comme à la radio est sa chanson testament, l'histoire de son parcours, fait de bruits, de musiques, de mots pour, dit aussi la chanson, combler le silence atroce. Un parcours qui ne change rien, mais qui, pour quelques-uns, a amélioré quelques instants. Marc était content de faire découvrir ce titre, gardé secret comme toujours. Il allait laisser derrière lui une œuvre qui racontait sa vie et disait sa lucidité.

La démarche même lui ressemblait. Dans cet emprunt officiel d'une chanson en réalité très personnelle, on retrouvait la distance qu'il aimait mettre entre ses opinions, voire sa passion, et leurs formulations. "En me la faisant découvrir, il avait un large sourire, genre "je vous ai bien eus", se souvient Alain Debaisieux, qui encadra souvent et jusqu'au dernier moment la musique de Marc de ses compétences artistiques et technologiques.

Laurence Fasbender, sa compagne, découvrit la chanson après la mort de Marc: "Cela ne fait aucun doute: c'est son morceau préféré, celui dont il est le plus fier. On peut lire cette chanson comme étant la sienne. Rien de ce qu'on fait n'est jamais très important. On ne change pas le monde et il ne rêvait pas de révolution. Mais si on améliore un tout petit peu certaines choses, ne fût-ce que la relation humaine entre deux personnes, c'est déjà pas mal.

"Le "quelque chose d'atroce" de la chanson, c'était peut-être pour lui le fait qu'on ne maîtrise rien. Pendant toute sa maladie, nous avons été démesurément optimistes. Tant qu'on lui proposait des traitements, il pensait y arriver et était prêt à souffrir pour ça. Mais tu peux faire tout ce qu'il faut, tu n'as pas de prise sur ton destin. Il savait que le cancer vous rattrape toujours, mais il espérait avoir dix ans. Il avait encore beaucoup à faire. Il voulait vivre aussi, voyager, inviter des amis en Ardennes. Il a connu une rémission d'un an. C'était trop court."
Jean-Luc Cambier

Marc Moulin - Comme à la radio

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