Nolwenn Leroy: Remise en celte

Nolwen Leroy
musique29/01/2013 09h54Luc Lorfèvre

Nolwenn Leroy

Ô Filles de l'eau



Après le succès phénoménal de "Bretonne", la chanteuse reprend le large et affirme son émancipation. Portrait d'une fille ordinaire mais pas vraiment comme les autres.

La coïncidence est presque troublante. En attendant Nolwenn Leroy, nous relisons une interview qu'elle nous avait accordée en 2005 et dans laquelle elle évoquait son roman préféré, Les Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë. Et quand elle apparaît, tout juste sortie d'un Thalys arrivé avec trente minutes de retard, c'est à la Isabelle Adjani des Sœurs Brontë, le film d'André Téchiné réalisé en 1979, qu'elle nous fait immanquablement penser. Même silhouette, même regard brillant, même minois faussement boudeur et délicieusement mystérieux...

Ne le criez pas trop fort car vous risquez de faire des jalouses. A trente ans, Nolwenn Leroy est, en chiffres de ventes, la chanteuse française la plus populaire. Sorti en 2010, son quatrième album "Bretonne" s'est écoulé à 1,2 million d'exemplaires. Personne n'a fait mieux. Paru le 26 novembre dernier, alors quelle venait tout juste de mettre fin à une tournée triomphale, son successeur, "Ô Filles de l'eau", est déjà disque d'or en Belgique et a déjà dépassé le cap des 200.000 chez nos voisins. Un vrai phénomène. Une vraie surprise aussi. Car il faut bien avouer que personne n'y avait cru.

Flash-back. Après sa victoire à la Star Academy, session 2002, Nolwenn Leroy est surnommée la Michelle Torr du Finistère. On raille ses robes mal dessinées, ses réponses qui reflètent trop la France profonde et son manque de crédibilité. Malgré de très bons débuts (600.000 exemplaires de son premier CD "Nolwenn Leroy") et la caution de Laurent Voulzy, qui réalise "Histoires Naturelles" en 2005, Nolwenn Leroy est alors trop lisse pour rivaliser avec la glamour Jenifer et pas assez indie pour contrer Olivia Ruiz. En 2007, elle négocie un virage à 180° avec "Le Cheshire Cat Et Moi". C'est la gamelle: 40.000 unités vendues, soit quinze fois moins que le fruit de sa collaboration avec Voulzy. Les salles de concert sont clairsemées, l'effet Star Ac' complètement retombé, bref, le vent tourne.

Malgré ce climat de fin de contrat, Nolwenn parvient pourtant à imposer à Universal Music son projet d'un disque de reprises de chansons celtiques interprétées en français, en anglais et en breton. Elle y relit notamment le Brest de Miossec, La Jument de Michao, lointain souvenir de nos écoles maternelles, la scie Moonlight Shadow de Mike Oldfield ou encore le Dirty Old Town popularisé par les poivrots de The Pogues. Et c'est le raz de marée. Son audace a payé.

"Je ne l'ai pas vu comme une victoire sur mes détracteurs", confie-t-elle aujourd'hui. "Ce projet de disque de reprises, j'y ai cru à 100 % et j'ai eu raison. Je ne considérais pas "Bretonne" comme une tentative de relancer ma carrière, plutôt comme une parenthèse. Ça me tenait à cœur de renouer avec mes racines bretonnes avant de passer à autre chose. Sauf que la parenthèse a été plus longue que prévu. Le succès de "Bretonne" a bien sûr changé les choses. Personnellement, il m'a donné des ailes et encore plus de confiance en moi. Le regard des autres a évolué. Pour faire court, je dirais que les gens qui m'aimaient avant "Bretonne" m'aiment encore davantage. Et ceux qui me détestaient, ils me détestent encore plus, sauf qu'ils essayaient de montrer le contraire. Mais je suis née avec un sixième sens", rigole-t-elle. "Je sais très vite repérer les hypocrites et surtout les gens bien."

En cette rentrée 2013, la belle est sur tous les fronts.

Nolwenn Leroy revient tout juste des Etats-Unis où "Bretonne" est sorti dans une version quelque peu remaniée. "J'y ai donné mon premier concert et fait ma première télé, Good Morning New York, un show matinal sur la chaîne Fox5. Je commence tout en bas de l'échelle, mais il y a un phénomène de curiosité à mon égard. C'est marrant parce qu'ils s'attendaient à voir débarquer une frenchie à l'accent exotique alors que je parle couramment l'anglais et que je connais bien les Etats-Unis pour y avoir vécu un an (à Cincinnati en 1998 dans le cadre d'un échange scolaire - ndlr). Je ne tire aucun plan sur la comète. Le cinéma français fait un carton là-bas, de même que notre scène électro. Guetta est un dieu aux Etats-Unis. Mais en chanson française, les références restent Charles Aznavour et Piaf. Ça m'incite à rester très humble."

Avec Murat et Miossec

"Ô Filles de l'eau", son nouvel album, surfe toujours sur la vague celtique, mais cette fois Nolwenn revient avec des chansons originales. Le disque a été réalisé à Londres par Jon Kelly, déjà orfèvre du son de "Bretonne" et derrière les productions de Kate Bush. Nolwenn chante en anglais, en français et en breton. Elle écrit, compose et accueille aussi les signatures du Breton Miossec et de l'Auvergnat Jean-Louis Murat. Deux mecs en marge. Deux caractères bien trempés. Deux écorchés vifs. "On m'avait dit que Miossec n'était pas quelqu'un de facile, mais mon feeling ne m'a pas trompée. C'est un type bien. Miossec a traversé une période difficile, mais il est dans un nouveau cycle. Si je lui ai demandé de m'écrire une chanson, c'est parce que je savais qu'il n'allait pas me faire quelque chose de mièvre."

Jean-Louis Murat, c'est autre chose. "Dans le passé, il m'a égratignée sur des plateaux télé, il a dit des trucs vraiment horribles sur moi, mais je m'en fous. Sur mes lèvres, la chanson qu'il a composée pour "Ô Filles de l'eau", est le plus beau cadeau. C'est un texte à la fois tendre et cynique dans lequel il explique pourquoi il a voulu écrire sur moi. La présence de Miossec et de Murat sur cet album relève aussi du symbole. Miossec me rapproche de mes racines tandis que Murat me rattache à l'Auvergne où habite ma mère."

Nolwenn Leroy se décrit volontiers comme une nomade. Elle est née à Saint-Renan dans le Finistère. A douze ans, ses parents se séparent et elle part vivre à Saint-Yorre avec sa mère. Depuis, elle n'a plus reparlé à son père, l'ancien footballeur professionnel Jean-Luc Le Maqueresse. Quand elle nous mentionne cet épisode douloureux, Nolwenn évoque simplement "une rupture familiale" sans donner trop de détails. Femme de son époque, elle n'est pourtant pas du genre à déballer sa vie ou avoir un avis sur tout et le twitter la seconde d'après. Avec son amoureux, le tennisman Arnaud Clément, Nolwenn Leroy a même passé un pacte: ne jamais parler l'un de l'autre publiquement.

Dans "Histoires Naturelles", en 2005, Nolwenn Leroy  chantait: "Je suis un animal étrange et rebelle." Huit ans plus tard, elle persiste et signe. "J'avais rédigé cette  formule sans penser à moi, mais à réfléchir, elle me convient parfaitement. Je suis une rebelle parce que je n'en fais qu'à ma tête. La logique, la raison et mon entourage m'ont toujours poussée à prendre d'autres décisions, mais voilà, je n'écoute que moi. Quand j'ai abandonné la fac de droit à Clermont-Ferrand en 2001 pour aller tenter ma chance à Paris à la Star Academy, j'avais une chance sur un milliard de réussir. Mais j'ai bien fait de la saisir. Depuis dix ans, j'essaie de faire preuve de fermeté et d'avoir une idée très précise de la marche à suivre. Le terme "étrange" me définit également bien. Je pense effectivement avoir un côté insaisissable. Je ne me livre pas beaucoup et ça peut paraître suspect. Aujourd'hui, faire preuve de discrétion signifie que vous avez forcément quelque chose à cacher."

L'appel de la mer

Sur la pochette de son nouvel album, Nolwenn Leroy est transformée en sirène des mers. "Ce disque, c'est un peu un hymne au mythe de l'éternel féminin. La mer a toujours provoqué chez moi un pouvoir d'attraction/répulsion. Petite, je rêvais d'être une sirène, mais il m'arrivait aussi de faire des cauchemars dans lesquels un monstre m'emportait au fond des abysses. La mer reste une source inépuisable d'inspiration, et ça me permet aussi de parler de moi de manière détournée."

Boudée par les Victoires de la Musique, la petite sirène pense déjà à un autre challenge qui l'attend au printemps. Dès le 23 mars, elle sera l'invitée d'honneur d'une série de concerts donnés par le compositeur de musiques de films Vladimir Cosma. Au milieu d'un orchestre philharmonique et de 75 choristes, elle interprétera notamment la chanson Your Eyes tirée de La boum 2. Après l'Isabelle Adjani des Sœurs Brontë, voici Sophie Marceau...

Nolwenn Leroy
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