Chronique livre: Underworld USA

Chronique livre: Underworld USA
les immanquables06/02/2010 09h26

Que l'on se rassure, le succès et le panthéon du polar ouvert à ses pièces maîtresses (la trilogie de Lloyd Hopkins, Le dahlia noir, L.A. Confidential) n'ont pas rendu James Ellroy plus doux ou plus aimable.

Que l'on se rassure, le succès et le panthéon du polar ouvert à ses pièces maîtresses (la trilogie de Lloyd Hopkins, Le dahlia noir, L.A. Confidential) n'ont pas rendu James Ellroy plus doux ou plus aimable.

Dès l'ouverture de Underworld USA, sans aucune autre forme d'avertissement ou de politesse, on est brutalisé par un Ellroy enragé qui nous jette dans l'histoire comme si nous étions des moins que rien. Et ça fait mal, petites natures s'abstenir. Ellroy n'est pas Balzac (encore qu'il atteigne un certain classicisme), il ne prend pas le temps de vous expliquer qui est qui au démarrage de son histoire hystérique et chaotique qui, à vrai dire, n'est pas vraiment la sienne mais celle de son pays, terre de furie et de violence. A vous de survivre dans cette jungle narrative qui démarre le 14 juin 1968 pour se terminer, en crise cardiaque, le 3 mai 1972.

 1968-1972, c'est la période qu'Ellroy a choisi de disséquer à la lame pour boucler une trilogie entamée avec American Tabloid et poursuivie avec American Death Trip. James Ellroy fait exploser le vernis de l'histoire officielle et prend en main les assassinats de Martin Luther King et de Bob Kennedy pour en faire transpirer la pourriture conspirationnelle. L'auteur, agressif et sadique, nous plonge la tête au plus profond des réseaux criminels et mafieux qui empoisonnent la vie politique américaine de l'époque.

Une époque marquée par deux des plus grands malades de la mythologie barrée des Etats-Unis, Edgar J. Hoover, boss du FBI et Howard Hughes, homme d'affaires-aviateur-producteur. Deux grandes figures de la paranoïa américaine auxquelles s'ajoute la personnalité dysfonctionnante de Richard Nixon. A grands coups de dossiers retrouvés, coupures de presse, comptes rendus d'enquête, meurtre après meurtre, d'opération de chantage en mission de piratage, Underwold USA fait le portrait d'une nation qui hurle sa démence. Et en refermant le bouquin, on n'a qu'une envie: parler aux oiseaux. - S.M.

Underworld USA
James Ellroy
Rivages, 839 p.
Notre avis: 3 étoiles

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