Ces amours-là: Je suis le mal-aimé

Ces amours-là: Je suis le mal-aimé
cinema22/09/2010 07h05

Claude Chabrol, héros de la nouvelle vague avec François Truffaut et Jean-Luc Godard, est mort. Curieuse coïncidence puisque sort cette semaine le nouveau Claude Lelouch, furieux opposant à ce mouvement né à la fin des années 50 qui entendait dépoussiérer un 7e art français prétendument moribond.

Claude Chabrol, héros de la nouvelle vague avec François Truffaut et Jean-Luc Godard, est mort. Curieuse coïncidence puisque sort cette semaine le nouveau Claude Lelouch, furieux opposant à ce mouvement né à la fin des années 50 qui entendait dépoussiérer un 7e art français prétendument moribond.

"Ces nouveaux cinéastes violentaient un cinéma que j’aimais de toutes mes forces, massacrant à tour de bras des chefs-d’œuvre avec Gabin, assassinant l’œuvre de Carné. Ils mettaient en pièces ce qui avait façonné ma vie", nous confiait récemment Lelouch. Si ses mots ne sont pas tendres, ils ne sont pas non plus toujours justes. Car la nouvelle vague a véritablement révolutionné la manière de faire du cinéma en France. Mais ce ne sont que des mots, lancés par un grand gosse de 72 ans, fou amoureux de son art, blessé et incompris.

 La nouvelle vague et ses Cahiers du cinéma (où œuvraient Chabrol et Truffaut) sont à l’origine du divorce irrémédiable entre Lelouch l’autodidacte et une critique qui ne l’a jamais épargné. "Mon cinéma est celui de l’émotion, du populaire. Ça ne plaît pas à une certaine presse bourgeoise bien-pensante. A tel point que les critiques, qui se marraient à la projection de mon film L’aventure c’est l’aventure avec votre merveilleux Jacques Brel, l’ont démonté à sa sortie. Honteux sans doute d’avoir ri devant un Lelouch."

 Dans son nouveau film, Ces amours-là, Claude Lelouch ne trahit pas son obsession du cinéma populaire, arguant qu’il raconte la même histoire depuis 50 ans, celle d’un homme et d’une femme. Ici, il s’agit même d’une femme et de plusieurs hommes, Lelouch nous contant de 1914 à nos jours l’itinéraire pas toujours gâté d’Ilva, une femme qui a, toute sa vie, placé ses amours au-dessus de tout, au péril même de son existence. Voilà du vrai cinoche populaire, avec du rire, des larmes, de l’émotion, du suspense et évidemment des chabadabadas. C’est quand même du Lelouch, avec des violons, de l’emphase, des sentiments exacerbés et la musique de Francis Lai, parfois trop présente. Mais reprocherait-on à Scorsese de faire du Scorsese? Absurde!

 Cette fresque romanesque bouleversante risque bien cette fois d’emporter avec elle les anti-Lelouch et une presse souvent mal aimante. Le cinéaste nous conviant à un voyage extraordinaire par le biais de cette femme hors du commun, à travers le temps et les grandes tragédies du 20e siècle. Le tout en forme de maelström d’images tourbillonnantes dédiées à ses deux grandes amours: le 7e art et la femme.

 Audacieux et faussement désordonné, Ces amours-là multiplie les clins d’œil aux cinéphiles (on passe avec frénésie de Jules et Jim au Père tranquille en passant par Inglourious Basterds de Tarantino) et les allers-retours dans sa propre filmographie, Lelouch reprenant certains plans entiers de Les uns et les autres. Une superbe séquence autobiographique montre le petit Coco en train de chercher les comédiens derrière l’écran d’une salle obscure. Avec cette ode splendide aux acteurs et au cinéma, Lelouch a rejoint ces êtres qui le faisaient rêver enfant, brouillant définitivement la frontière entre la vie et le cinéma. Chapeau, le mal-aimé. - T.V.W.

Ces amours-là
Réalisé par Claude Lelouch (2009).
Avec Audrey Dana, Laurent Couson, Dominique Pinon.
Sortie le 22/9 - 90’.
Notre avis: 3 étoiles

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