Donnant, donnant: Auteuil, le généreux

Donnant, donnant: Auteuil, le généreux
cinema06/10/2010 07h35

Il joue dans un nanar qui rappelle ses pitreries assumées de jeunesse. Isabelle Mergault a un cheveu sur la langue et s'est cru tout permis, même le droit de faire perdre à Daniel Auteuil sa subtilité.

Il joue dans un nanar qui rappelle ses pitreries assumées de jeunesse. Isabelle Mergault a un cheveu sur la langue et s’est cru tout permis, même le droit de faire perdre à Daniel Auteuil sa subtilité.

N’y allons pas par quatre chemins, le dernier film de l’ex-chroniqueuse de Laurent Ruquier ne nous a pas emballés Mais alors pas du tout.

Daniel Auteuil l’a pourtant défendu bec et ongles lors d’un rapide entretien: "Je ne pouvais pas me tromper sur Isabelle. Elle a écrit pour moi, j’avais été très ému par son premier film, j’ai eu envie de participer à son univers". Et voilà comment Daniel Auteuil s’est retrouvé dans la peau de Constant Billot, évadé de prison trouvant refuge dans un village isolé où il va affoler les femmes, après un AVC qui lui fait perdre ses mots. "C’était un challenge pour moi de faire exister ce personnage bancal. Isabelle m’a retiré l’usage de la parole dès la première scène, j’ai trouvé ça gonflé! J’ai dû inventer une nouvelle langue", confie Auteuil. En guise de jeux de mots, les dialogues ne font pas dans la dentelle - Constant nous afflige ainsi d’un "J’ai un très bon gland" pour "J’ai un très bon plan" - et la mise en scène se révèle fastidieuse.

 Pourtant, les deux premiers films d’Isabelle Mergault (Je vous trouve très beau, 3,8 millions d’entrées et Enfin veuve, 2,2 millions d’entrées) semblaient avoir révélé une sorte d’Etienne Chatillez au féminin. Mais Donnant, donnant ne bouscule aucun sujet de société et semble plutôt renouer avec les navets des débuts de la carrière d’Auteuil.

L’acteur des Sous-doués et de Pour cent briques t’as plus rien ne renie d’ailleurs aucun de ses films, contrairement à d’autres acteurs moins courageux. "J’ai une grande tendresse pour mes films de jeunesse, qui sont des films nazes, mais qui m’ont beaucoup apporté. Pour nous les acteurs, un film n’est pas un objet, c’est une aventure humaine, c’est beaucoup de travail. J’ai adoré l’humanité qu’Isabelle a insufflée à tous ses personnages."

 Deux actrices très expressives autour de celui qui partagea onze ans la vie d’Emmanuelle Béart: Sabine Azéma (que Daniel Auteuil embrassait dans le très beau film des frères Larrieu, Peindre ou faire l’amour), et Medeea Marinescu, l’actrice roumaine de Je vous trouve très beau. "Sur le plateau, nous étions souvent à la limite du fou rire. Faire rire, c’est très sérieux pour un acteur. Que je cherche à faire rire ou pleurer, ce qui m'importe c'est de ne pas le faire à moitié. Le pire pour moi, c’est de susciter l’ennui." Sic.

Daniel Auteuil ne nous ennuie jamais (allez, on lui pardonne déjà ce petit écart) mais on le préfère dans sa filmographie plus exigeante. Parce que l’acteur sait tout jouer: la comédie intelligente (Le placard de Francis Veber, Après vous de Pierre Salvadori), l’émotion dramatique (Un cœur en hiver de Claude Sautet, La fille sur le pont de Patrice Leconte). Et ce n’est pas un hasard si Daniel Auteuil, l’inoubliable Hugolin de Manon des Sources, renouera avec Pagnol en réalisant La fille du puisatier (sortie prévue au printemps 2011). Espérons ce coup-ci que ça sera gagnant-gagnant. - J.G.

Donnant, donnant
Réalisé par Isabelle Mergault (2010).
Avec Daniel Auteuil, Sabine Azéma, Medeea Marinescu.
Sortie le 6/10 - 100’.
Notre avis: mauvais

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