
Homme politique et écrivain passé à la réalisation, Lee Chang-dong en
est à son cinquième long métrage.
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Homme politique et écrivain passé à la réalisation, Lee Chang-dong en est à son cinquième long métrage.
Après les superbes Oasis (évocation d'un amour fou entre un débile léger et une jeune fille handicapée) et Secret Sunshine (le calvaire d'une veuve dont le fils est kidnappé et assassiné), l'ancien ministre de la Culture sud-coréen continue de surprendre par son audace narrative. Résultat: il est reparti avec le prix du scénario lors du dernier Festival de Cannes. Et c'est amplement mérité!
L'histoire est à la fois belle et cruelle. On suit l'itinéraire d'une sexagénaire atteinte de la maladie d'Alzheimer dont le petit-fils est impliqué dans une histoire sordide ayant conduit une jeune fille au suicide. "Ce n'est pas grave", lui dit-on. Il suffit de dédommager la famille et on n'en parle plus! Mais la grand-mère a le cœur lourd et la tête en pagaille.
Pour éclairer une vie bien terne, elle se met alors en quête de beauté, en suivant des cours de poésie. Ainsi, elle va s'ouvrir au monde, sentir le souffle du vent, rêver du chant des oiseaux, s'émerveiller devant un abricot. Mais ces moments de grâce ne sont que furtifs. Très vite, c'est le retour dans la grisaille quotidienne, l'indifférence et le cynisme d'un monde qu'elle ne supporte plus.
Sans flamboyance ni grande envolée, en jouant sur la langueur, la sobriété et l'économie d'effets, le cheminement intérieur de Poetry en laissera plus d'un perplexe. La différence culturelle, les passages superflus et l'aspect prévisible ne suscitent que peu d'empathie pour des personnages pourtant hauts en couleur.
Mais ces contrastes font aussi la force de ce film sur la souffrance, la solitude et la tristesse. Constamment tiraillé entre les contraires, Poetry avance dans cette intrigante opposition entre la cruauté et la pureté. Mettre en scène la poésie, une gageure? Elle est pourtant présente tout au long du film. Avec, en apothéose, cette partie de badminton tragicomique entre la grand-mère et son petit-fils. Une scène qui, à elle seule, transpire l'humanité. Un vrai moment de "beau".
Brillant directeur d'actrices, Lee Chang-dong a confié ce splendide rôle à Yoon Jung-hee, une comédienne des années 60 qui a abandonné le cinéma pour s'installer avec son mari pianiste. La voilà de retour après vingt années d'absence. Et la Coréenne de 66 ans signe l'une des plus belles performances de l'année. Rien que pour elle, Poetry est recommandé. - P.-Y.P.
Sortie le 27/10 - 139’.
Poetry
Réalisé par Lee Chang-dong (2009). Avec Yoon Jung-hee, Lee David, Kim Hee-ra.
Notre avis: 2 étoiles
Tags: corée, Lee Chang-Dong, Yoon Jung-hee, Lee David, Kim Hee-ra
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