
Le créateur des Mots bleus fait son cinéma dans un nouveau spectacle à couper le souffle. Bientôt aux Nuits Bota.
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Le créateur des Mots bleus fait son cinéma dans un nouveau spectacle à couper le souffle. Bientôt aux Nuits Bota.
Nous nous attendions à tout sauf à ça. C'est sous les huées et les quolibets que le nouveau spectacle de Christophe Bevilacqua commence. Il faut dire que le public plutôt endimanché de l'Olympia a de quoi manifester son mécontentement en cette première du mercredi 11 mars. Le concert en configuration assise avec places numérotées devait débuter à 20 heures précises. Mais en raison de problèmes techniques (un DVD est réalisé pendant les trois dates parisiennes), c'est avec près d'une heure trente de retard que le chanteur à la chevelure blanche monte sur scène. En guise d'excuses, l'artiste s'en sort par une pirouette bien à lui. "La nuit tombe, la lune est là et j'avais oublié mes lunettes noires à la maison".
A soixante-trois ans, l'homme avance toujours à l'envie et à l'envers. Il dort le jour, ouvre l'œil au crépuscule et rêve éveillé jusqu'aux aurores. "L'obscurité a toujours été la lumière des fous. Tout est fantasme dans mon existence. Ma grande chance, c'est de pouvoir les réaliser", nous rappelait-il, en juin dernier, à la sortie de son dernier chef-d'œuvre "Aimer ce que nous sommes". Dans ce nouveau spectacle - car c'est bien d'un spectacle qu'il s'agit ici -, Christophe a mis tout ce qu'on sait de Christophe. Un juke-box Wurlitzer, des femmes aux robes blanches et à la démarche fellinienne, des plans-séquences sur une toile légèrement griffée, une caméra fixée sur une grue qui voyage sur la scène, des étoiles comme à Hollywood et des lampadaires comme sur les grands boulevards parisiens.
Musicalement, c'est l'audace et rien que l'audace qui le guide. Avec une première partie exclusivement dédiée à "Aimer ce que nous sommes" et, après l'entracte et l'Alaska aux noisettes, un best of revu et corrigé avec toute l'esthétique qui convient. Ici encore, Christophe cultive avec goût sa différence et il ne se trouve guère que Bashung pour rivaliser avec tant d'ingéniosité. En deux heures trente, on aura tout eu, tout vu, tout entendu. Des guitares blues sur une version Delta du Mississippi des Marionnettes. La trompette jazz d'Eric Truffaz improvisant pendant Petite fille du soleil. Des boucles techno qui revitalisent La Petite Fille du troisième. Des cordes féminines dirigées par l'arrangeur brésilien Eumir Deodato pour nous emmener aux Paradis perdus. Sans oublier les guitares flamencos de Señorita, les notes bleues des Mots bleus caressées par le pianiste belge Pascal Charpentier, le poussif solo de batterie exécuté par le légendaire Carmen Appice (cogneur fou de Vanilla Fudge) et le jeu étincelant de Gail-Ann Dorsey, bassiste black chipée à Bowie.
On va nous dire qu'on en rajoute une louche, mais même dans ses maladresses de vieux bonhomme voulant montrer que "parfois, c'était mieux avant", Christophe est touchant. Il fait de longues pauses. Il prend la pose. Met le genou à terre tel un toréador, se penche pour un baisemain et répète sans cesse "merci infiniment, merci infiniment". Oui, il fait beaucoup de cinéma, Christophe, mais c'est du grand art. Et puis, quand approche l'instant du générique de fin, il rappelle avec une reprise dépouillée de son premier tube Aline qu'il n'a besoin d'aucun artifice pour susciter l'émotion.
Luc Lorfèvre
En concert avec le Mons Orchestra aux Nuits Botanique le samedi 16 mai.
Tags: Botanique, Christophe, concert
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