
Pour son premier album comme auteur, elle se raconte avec franchise, pudeur et sans le moindre tabou.
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C'était son Arlésienne à elle. Jane Birkin aura finalement patienté jusqu'à la soixantaine pour réaliser, presque coup sur coup, son premier long métrage de cinéma (Boxes, sorti en septembre dernier)et son premier disque comme auteur. "Depuis la disparition de Serge (le 2 mars 1991), je me suis souvent posé la question. Est-ce que je peux me passer de ses textes? De son vivant, il m'interdisait d'interpréter autre chose que du Gainsbourg. J'ai commencé à m'émanciper en reprenant les chansons des autres, tout en écrivant les miennes. Des couplets que j'ai rédigés un peu partout, sur des nappes de restaurant, des sacs à vomir qu'on vous donne dans les avions, du papier journal, des petits carnets..."
"Enfants d'hiver", le nouvel album de Jane Birkin, abrite douze chansons. Douze textes écrits par Jane sur des musiques signées Souchon (père et fils), Nicolas Richard, Franck Eulry, Edith Fambuena ou encore Hawksley Workman. Instruments à vent, cordes, basse feutrée, guitares discrètes et sonorités automnales conviennent parfaitement aux mots de Birkin souvent empreints d'une douce nostalgie. Si l'ensemble est un peu trop calme à notre goût, l'écriture, elle, offre de belles surprises. Tantôt naïve, tantôt fragile, souvent touchante, Jane Birkin y évoque un amant d'un soir (Quatorze février), se remémore ses souvenirs d'enfance (Enfants d'hiver), impose ses combats humanitaires (Aung San Suu Kyi) et balance quelques coups de griffe (Oh comment ça va). Ne cherchez pas, par contre, l'une ou l'autre allusion à Serge Gainsbourg, il n'y en a pas.
Quand a pris forme cet album?
Après avoir réalisé mon film Boxes, j'ai repris les quelques textes que j'avais écrits pendant la tournée Arabesques. Pour la plupart d'entre eux, il s'agissait de coups de colère contre le destin qui m'avait enlevé ma mère avant que je puisse la faire tourner dans mon film, contre quelqu'un qui me manquait tout en m'ayant fait souffrir. C'est de cette époque que datent les chansons A la grâce de toi, 14 février ou Période bleue pour laquelle Alain Souchon a composé la musique avec son fils Pierre.
Entre les chansons de Gainsbourg et les vôtres, il fallait une transition?
Lorsque j'ai commencé à écrire, je me trouvais nulle. Je n'osais montrer ces textes à personne. Et puis je me suis dit que si j'attendais encore trop longtemps, ces thèmes seraient exploités par d'autres. Sur le dernier disque de Charlotte ("5:55", en 2006), il y a une chanson sur l'enfance que j'avais déjà composée à l'état d'esquisse. C'était comme si, à force d'attendre dans un tiroir, elle avait fini par se projeter sur l'album de ma propre fille! Voici deux ans, j'ai sorti "Fictions" pour lequel des auteurs au talent immense comme Neil Hannon (Divine Comedy), Cali, Rufus Wainwright ou Beth Gibbons (Portishead) m'ont écrit des chansons magnifiques. Pour eux, j'étais soit la Jane marrante de Comic Strip, soit la Jane triste qui pleure toujours la disparition de Gainsbourg. J'ai dû sortir mon journal intime pour montrer ma facette mélancolique.
C'est une photo de votre enfance qui illustre la pochette de l'album. A quoi pensait alors ce petit garçon manqué?
La photo a été prise pendant les vacances scolaires car je souris. J'étais à l'internat sur l'île de Wight où personne ne m'appelait Jane, mais "Ninety-nine". C'était le numéro de ma chambre. Je ne parvenais pas à m'adapter au côté formel de l'éducation anglaise. Avec mon frère Andrew et ma sœur Linda, on faisait les 400 coups. Nos parents ne nous surveillaient pas trop et nous, on en profitait. Nous étions ces enfants de l'hiver qui donnent le nom de l'album. J'étais sauvage, assez insouciante aussi. J'essayais de ressembler à mon frère et je portais ses vêtements. Je voulais qu'on me prenne pour un mec.
A quel âge avez-vous mis une robe pour la première fois?
Tags: Serge Gainsbourg, Botanique, Jane Birkin, Les Nuits
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