
L'enfant sage du hip-hop chante "Dante", hommage ému et acerbe à la France, son pays.
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C’est l’histoire de Régis Fayette-Mikano, élevé dans la banlieue de Strasbourg par une mère seule avec six enfants. L’histoire d’un jeune garçon qui, comme tous ses amis de la cité, se trompe de héros. "Pour moi, c’était le dealer d’en bas, le braqueur du quartier, le personnage de Tony Montana dans Scarface." C’est l’histoire d’un jeune homme qui, après avoir vaincu sa dyslexie, se met à lire beaucoup. A écrire énormément. Il continue néanmoins de se tromper. Il entre en délinquance. Vol, agression aussi. Un soir, après avoir brusqué une dame âgée, il ne peut plus se regarder en face. Philosophie, lettres classiques, il étudie et fonde New African Poets, formation phare du hip-hop français du milieu des années nonante.
Chrétien de naissance, il se convertit à l’islam et découvre le soufisme, son cœur. C’est l’histoire d’un jeune Noir qui a décidé de changer de héros et comme il le chante, "d’utiliser le mot, le mythe, l’amour et l’humour pour pénétrer au cœur du vivant". C’est l’histoire d’Abd Al Malik. En tout cas, c’est le récit qu’il en donne. Après "Gibraltar" (écoulé à plus de 300.000 exemplaires), le nouvel album porte le nom d’un grand homme: Dante, auteur florentin du XIIIe siècle. Sa Divine comédie est un des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale.
Abd Al Malik nous invite à faire face à ses chroniques. Celle de la petite Juliette, "assise à la place du mort". Celle de Gilles qui écoute un disque de rap, de ces années 80 qui ont vu la mort de Malik Oussekine par bavure policière. Outre le fidèle metteur en son Bilal, on trouve à l’écriture Gérard Jouannest, pianiste de Brel, et Alain Goraguer, arrangeur de mythiques albums de Gainsbourg. Pour certains, Abd Al Malik est la "face admissible" du hip-hop français. Le versant poli et bien rangé. Celui qui ne fait pas de mal, met sa colère au placard et prône la tolérance. Un garçon "trop gentil pour être honnête". Il cite les philosophes et dit que l’amour est la valeur suprême. Abd Al Malik met de côté le vieux refrain "nique la police" et parle de tolérance. "En un mois, en pleine crise du disque, mon album s’est vendu à plus de 60.000 exemplaires. Ce qui veut dire que je ne suis pas seul. Rêver seul, c’est un rêve. Mais rêver à plusieurs, c’est le début de la réalité."
Pourquoi Dante et sa Divine comédie?
Parce que ce livre parle du rapport au cheminement. Il dit que pour connaître le paradis, il faut traverser l'enfer. C’est avant tout sa démarche qui m’inspire. Lorsqu’il publie La Divine comédie vers 1320, tout le monde écrit en latin. Et que fait-il? Il l’écrit en toscan, dans la langue du peuple. Il pose ce qu’on appelle aujourd’hui un geste fort. En faisant cela, il dit que la culture, la réflexion ou le savoir ne sont pas réservés à une élite. C’est la démarche que je veux suivre.
Aujourd’hui, les gens branchés crachent sur les démarches populaires.
Ils se trompent. On dit effectivement que ce qui est populaire n’est pas artistiquement intéressant. C’est archifaux. La Joconde est le tableau le plus célèbre du monde et pourtant il est complexe. Plus près de nous, les films de Scorsese sont d’une intelligence rare, ce qui ne les empêche pas de rencontrer le succès. Ma démarche est de dire que dans sa culture populaire, le rap peut aussi amener sa part de complexité, de nuance et de réflexion.
Est-ce que vous avez peur de...
Je n’ai peur de rien!
Continuez.
Pour moi, on naît et puis on meurt. Entre les deux, on doit faire en sorte de remplir notre fonction. Etre à la hauteur du fait d’être un homme. Et puis c’est tout. Le reste est inutile. Avoir peur est un frein énorme. Ça nous empêche d’aller vers l’autre, d’être nous-mêmes. Donc je n’ai pas peur. Je n’ai plus peur. Grâce à la foi d’ailleurs.
Et votre colère, elle est où?
Elle est là, mais c’est ce que j’appelle une saine colère. Celle qui nous f
Tags: festivals, Abd Al Malik, Les Nuits, Slam, gymnastique, test fou
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