James Thiérrée, le voyageur aérien

James Thiérrée, le voyageur aérien
culture28/12/2010 12h30

Son grand-père est immensément célèbre. Ses parents ont révolutionné l'univers du cirque. Et lui? Il n'est que génial...

Le public est debout, le sourire aux lèvres, la larme à l'œil. Sur scène, l'artiste est épuisé mais accueille l'ovation. Quelques "merci" jaillissent du balcon, les applaudissements redoublent. Mais qui est cet homme qui est parvenu à bouleverser son public? Qui a su faire oublier durant deux heures les factures, le boulot et les emmerdes? C'est James Thiérrée, acteur, mime, jongleur, trapéziste, acrobate, danseur, illusionniste, metteur en scène, poète muet. "Voyageur aérien", aurait dit Cyrano de Bergerac.

Dans son domaine, James Thiérrée n'a pas d'égal. Il remplit des salles aux quatre coins du monde. Comme ça, sur le seul lien de confiance qu'il a tissé avec "son" public. Et pourtant, nous sommes encore peu nombreux à connaître le phénomène. Une carence dont il est en partie responsable. "C'est vrai que je fuis les médias. Je me protège un peu, c'est instinctif chez moi. Mais c'est aussi normal quand on est dans ma situation. J'ai établi un lien avec le public qui me permet de remplir les théâtres simplement parce que les gens sont heureux de me retrouver. Et puis, évidemment, il y a la parenté avec Chaplin qui fait que souvent, la discussion est réduite à ce sujet-là. Je comprends, c'est normal, c'est une telle figure que c'est difficile d'éviter le sujet. Mais quand on te parle de ton grand-père, du nouveau cirque et de tes parents pour la millième fois alors que tu en es à ton quatrième spectacle, ça fatigue un peu."

En effet, James Thiérrée a un magnifique fardeau à porter puisqu'il est le petit-fils de Charlie Chaplin. Mais aussi le fils de Jean-Baptiste Thiérrée et Victoria Chaplin, les créateurs de ce qu'on appela à l'époque le "nouveau cirque". "Contrairement à mes parents, je n'ai pas fonctionné par rupture. J'ai très vite compris que j'allais passer ma vie à être en duel avec de grands fantômes. C'est pourquoi j'ai décidé de les embarquer avec moi, de ne pas les renier. Mes parents ont totalement renouvelé l'univers du cirque. Moi, je ne renouvelle rien du tout. J'ai appris des disciplines de cirque et je les utilise. Mais mon but est plus dans la zone théâtre que dans le chapiteau."

A quoi ressemble un spectacle de James Thiérrée? A rien que nous connaissons. Par exemple, Raoul, qu'il présentera prochainement au Théâtre de Namur, met en scène un seul personnage: un prince déchu en combat avec lui-même. "C'est un spectacle qui parle des obstacles à franchir dans la vie. De nos obsessions, nos désirs et nos peurs les plus enfouis." James écrit d'ailleurs dans le programme du spectacle: "Je voudrais créer un personnage théâtral dans le sens noble du terme, donc intemporel. Peinture craquelée d’une renaissance. Férocité humaine. Créatures bienveillantes. Combats singuliers. Raoul, les doigts crispés sur la rive, n’attend qu’un signal pour partir à la dérive".

 Ici, le mot est inexistant ("les mots ne m'intéressent pas car ils disent exactement ce qu'ils veulent dire") et la trame, très approximative. On ne va pas voir James pour qu'il nous raconte une histoire mais bien pour s'émouvoir de l'homme, des non-dits, des sujets qu'il touche du bout des doigts. "Ce que je recherche avant tout sur scène, c'est l'expérience humaine, le détachement d'avec la réalité. Parce que je crois que les plus beaux voyages sont ceux qui nous emmènent malgré nous et nous surprennent." Ainsi, seul en scène, James interprète Raoul. Il grimpe, s'envole, apparaît, disparaît, joue du violon, imite le gorille, hurle, se tait en fixant deux éléments indissociables de son travail: l'émotion et le rire. "L'humour est une des faces intéressantes de l'humanité, pourquoi s'en passer? Honnêtement, ce n'est pas l'histoire qui plaît au public mais la façon dont elle est traitée. Il y a le visuel, la poésie des images, l'aspect physique de certaines performances. Mais je ne pense pas que ce soit l'essentiel de la chose affective. L'affection, le lien, c'est assez mystérieux. Et je ne me l'explique pas."

Tags: , ,





Il n'y a pas encore de réactions

Se connecter pour ajouter un commentaire

Twitter