PJ Harvey & John Parish

PJ Harvey & John Parish
culture31/03/2009 10h10

Associée à son ami de toujours, Polly Jean n'en fait qu'à sa tête avec une audacieuse production maison. Rencontre au coin du feu.

Polly Jean Harvey habite dans une fermette du Dorset, au bord des falaises. John Parish, son ami de toujours et fidèle collaborateur (qui a notamment produit son dernier album "White Chalk" en 2007), vit à Bristol. Nous n'avons pas compté les kilomètres, mais c'est à peu près à mi-chemin de leurs domiciles respectifs qu'ils nous ont donné rendez-vous à The Heylar Arms, une auberge du XVe siècle perdue au milieu de nulle part. Ou plutôt à l'entrée d'un hameau silencieux du Somerset, avec ses prairies délimitées par des murets de pierres, ses troupeaux de moutons, la brume qui s'accroche aux toitures et le vieux chauffeur de l'antique taxi local qui a dû faire ce jour-là la recette de sa vie.

PJ Harvey et John Parish sont installés au coin du feu, une tasse de thé à portée de main et le verbe spontané. Dans une semaine, ils attaquent les répétitions pour leur tournée. "Nous sommes excités comme des gamins, s'emballe Parish. Nous ne jouerons que les morceaux des deux albums que nous avons réalisés ensemble. Et peut-être aussi quelques titres que j'avais écrits pour une pièce de théâtre."

PJ Harvey et John Parish avaient enregistré sous leur double signature "Dance Hall At Louise Point" en 1996. Treize ans plus tard, ils en proposent la suite, à la fois improbable, décalée et audacieuse. Ecrit par Polly Jean et composé par John, "A Woman A Man Walked By" s'ouvre par un brûlot grunge qui donne son nom au disque et se termine par The Soldier, une berceuse à l'ukulélé. Entre les deux, pas une note de trop, pas une faute de goût et surtout pas la moindre impression de déjà entendu. Mais des chansons de saison (April), une comptine pour enfant sage (Sixteen, Fifteen, Fourteen), de méchantes guitares (Pig Will Not) et des ballades belles à pleurer (Leaving California).

Avez-vous enregistré cet album pour les mêmes raisons qui vous avaient guidés lors de votre première collaboration en 1996?
John Parish. - Nous fonctionnons de la même manière depuis que nous nous connaissons. Nous sentons comme une émulation lorsqu'on fait de la musique ensemble. On se pousse l'un et l'autre à dépasser nos limites et il n'y a rien d'autre qui nous motive. Notre relation est d'ordre fusionnel, voire même spirituel. Même lorsque je ne collabore pas avec elle sur l'un de ses albums, elle m'envoie tout ce qu'elle fait. Il n'y a pas une seule chanson que Polly ait enregistrée au cours de sa carrière sans qu'elle me demande mon opinion.

Vous souvenez-vous de votre première rencontre?
P.J. Harvey. - J'avais assisté à plusieurs concerts du groupe de John, Automatic Dlamini. Mais la rencontre décisive a eu lieu le jour de mes 18 ans. J'avais invité Automatic Dlamini à se produire à ma soirée d'anniversaire. J'étais fan, mais aussi très intéressée. A l'époque, j'étais un jeune fille mal habillée, un peu gauche et timide qui vivait à la campagne et griffonnait des bouts de chansons. John Parish habitait déjà à Bristol, il avait son groupe, son nom dans les journaux et produisait d'autres artistes. Il est venu à ma fête mais n'a pas joué, le salaud! On s'est contentés de parler. Le lendemain, on s'échangeait déjà des cassettes.

Vous revendiquez tous deux une totale liberté artistique. Vous imposez-vous des règles lorsque vous travaillez ensemble?
J.P. - Nous avons essayé de travailler dans la même pièce et ce fut un désastre. On reste donc chacun dans notre coin! Aucun élément extérieur ne vient nous perturber.
P.J.H. - Moi, ça me convient parfaitement. Quand je pense avoir une bonne idée, je n'ai personne avec qui partager mon enthousiasme et je n'ai rien d'autre à faire que de la creuser encore et encore. John m'envoie ses musiques, je lui transmets mes textes. Nous n'interférons jamais dans la partie de l'autre. On se retrouve uniquement pour l'enregistrement ou le mixage final.

Vous est-il arrivé de tenir compte d'impératifs commerciaux?
P.J.H. - En découvrant chaque année mon relevé de droits d'auteur, je suis consciente que ce n'est

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