
Le guitariste californien durcit le ton et flirte avec le fantôme de Jimi Hendrix.
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Au gré de disques parfois très folks, funks et arides ("Diamonds On The Inside"), une certaine sécheresse semblait menacer la créativité de Ben Harper. "Sans urgence, et même si j’ai encore des titres semi-acoustiques en réserve, j’aspirais à de nouveaux horizons depuis un moment", reconnaît-il sans que l’on doive lui arracher la confidence. Conscient que si sa production ne donnait pas encore envie de prendre ses jambes à son cou, elle poussait quand même parfois à prendre son mal en patience.
Alors, question: l’avenir de Benjamin Harper passe-t-il par le rock? "Ce n’est pas tout à fait faux. Même si cette fois, c’est l’occasion qui a fait le larron". Et le larron est le guitariste incendiaire Jason Mozersky. "C'est un ami depuis les années nonante. Il jouait dans un petit groupe en payant ses factures avec un boulot alimentaire de chauffeur de taxi. Un soir, alors qu’il me reconduisait à mon hôtel après un concert, il m’a demandé s’il pouvait me faire écouter une de ses démos. J’étais pris au piège. Mais je ne l’ai pas regretté, sa cassette était extraordinaire." Au point que, des années plus tard, Ben invite son pote à croiser la guitare sur l’album "Both Sides Of The Gun". Et décide même de monter un nouveau groupe: Relentmless7 (avec le bassiste Jesse Ingals et le batteur Jordan Richardson) pour un disque complet, construit au-dessus d’un volcan bénéficiant de l’éruption de chacun de ses membres.
Basé sur des instrumentations résultant du mélange inflammable de guitares bien grasses à la croisée des chemins entre Keith Richards et Jack White, et d’une basse bien chaloupée que ne renieraient pas les Clash, "White Lies For Dark Times" marque carrément un nouveau cap dans la carrière de Ben Harper. Etonnant au début mais pas désagréable du tout au final, cet album risque d’abord de dérouter les fans de base face à ses envolées échappées des sessions studio menées par Jimi Hendrix dans les années 60. "On peut me reprocher d’avoir fait évoluer mon style, mais pas de manquer de franchise. Je dispose d’un bon groupe électrique sous la main, je ne vais pas l’utiliser à contre-emploi. J’ai toujours pensé enregistrer un jour un disque plus dur. Le voici enfin. Lors des concerts, j’en profiterai aussi pour électriser les anciens titres (confirmation à la Cigale de Paris le 20 avril dernier). Mais je n’ai pas perdu de vue l’un des objectifs essentiels de ma carrière pour autant: m’exprimer à travers mes textes. On peut la jouer plus rock et continuer à parler de moi."
En témoigne la chanson Number With No Name où Harper admet que "les choses qui nous guident dans la vie sont aussi celles qui peuvent nous rendre fous. La musique mène ma vie depuis que je suis gamin. Puisque mes grands-parents tenaient un magasin d’instruments où je pouvais tout tester à ma guise. Des années plus tard, quand j’ai commencé à très bien vivre de ma guitare, j’ai dû lutter contre la tentation de me croire au-dessus de tout le monde. J’ai trouvé le bon équilibre en utilisant mes chansons pour divertir mais aussi pour faire de belles rencontres". Comme celle de Barack Obama qui l'a invité à son investiture. "Ça m'a profondément touché. Comme lui, je viens d’une minorité." Celle des Indiens cherokees.
Tags: Keith Richards, Jack White, Ben Harper
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