
« L'homme s'avance sur scène. Dans cette grande silhouette ombrageuse dessinée sur la tenture du fond, éclairée de bleu, c'est une aura englobant tout un imaginaire collectif qui nous apparait.
« L'homme s'avance sur scène. Dans cette grande silhouette ombrageuse dessinée sur la tenture du fond, éclairée de bleu, c'est une aura englobant tout un imaginaire collectif qui nous apparait. A travers ce halo grisé, sous le chapeau de feutre, c'est le Chelsea Hotel, le Famous Blue Raincoat, Marianne,... qui nous resurgissent du plus profond de nos fantasmes. »
En gros, voilà comment j'avais anticipé la rédaction de cet article. Voir Leonard Cohen, c'était pour moi découvrir le vestige d'une génération libre et créative, non pas par nécessité mais par envie. Pas de passéisme mélancolique, juste avoir le privilège d'être le témoin d'un témoin. Malheureusement, la réalité fait parfois de la résistance et se construit bien loin de l'absolu qu'on avait élaboré dans nos rêves les plus fous...
Première surprise à notre arrivée, à peine le temps de se désaltérer en pensant, de bonne foi, que tout les concerts commencent forcément en retard, on rate le premier titre. Seconde surprise en rentrant dans la salle, pas d'amoncèlement chaotique dans le parterre, juste un ensemble de têtes alignées qui créaient, vu d'en haut, une sorte de tapisserie kitch aux motifs géométriques. Tandis que la lumière du jour filtre encore à travers les lucarnes de la toiture, j'estime, à proche de la retraite, la moyenne d'âge de l'audience; en comptant le nombre d'écrans de téléphones portables allumés, occupés à filmer le spectacle.
Ajoutez à cela, un orchestre bien peu enclins à faire ressortir l'authenticité des morceaux, des applaudissements diplomatiques d'un public qui nous montre à chaque classique incontournable du répertoire qu'il est dépassé par sa propre génération; notamment sur The Partisan, une vague impulsion réanime l'audience qui fait preuve d'un patriotisme particulièrement zélé et soudain tandis que la magnifique Suzanne traverse la salle, pieds nus, dans une presque indifférence déconcertante. Les bien-pensants ont probablement des priorités morales que les esthètes n'ont pas...
Et cette cruelle conclusion m'assena le crâne comme une massue. Je réalisai que dans cette configuration, j'avais devant moi le Mike Brant d'une ancienne génération bohème qui aurait un peu trop serré sa droite au fil des ans.
Mais dans cette ambiance aux relents de naphtaline mélassée, un élément brillait, intemporel. L'homme! Élégant, touchant, humble, authentique malgré quelques mises en scène forcées, polisson lorsqu'il sortait de scène en sautillant, manifestant un réel plaisir d'être là et enfin, maitrisant parfaitement sa voix. Bien que loin du registre dramatique de Songs Of Love And Hate, elle est souple et domptée. Douce, comme un fruit qu'on donnerait en offrande. Avec l'âge, le feu s'éteint, pas la foi, pas la voix. Son histoire est derrière lui, digérée, il nous la susurre et nous emmène dans cette valse virevoltante qui berça la salle deux heures durant. On appelle ça « la voix de la sagesse »...
Guillaume Monchaux
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Tags: Leonard Cohen, concert, Sport Paleis, webjournaliste acade
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