Patrick Bruel, une bête de scène

Patrick Bruel, une bête de scène
culture14/07/2009 10h26

Lui, un gendre idéal, un saint? De son aveu même, il a gagné quelques aspérités au contact des femmes, de la paternité, du poker et de la célébrité.

Bruel est un homme de phénomènes. Après la Bruelmania, le succès inattendu d'"Entre-deux" (consacré aux chansons d’entre-deux-guerres) et son sacre comme champion du monde de poker, il sillonne depuis quelques mois les routes de la francophonie. Seul. Tout seul avec sa guitare pour revisiter son répertoire. Bien sûr, Bruel reste un animal médiatique, un chanteur populaire. Force est pourtant de constater qu’il va plus loin que les autres. Qu’à 50 ans et des euros plein les poches, il continue d’aimer la confrontation avec le public. "Je n’aime pas le mot confrontation, je préfère relation." C’est que Patrick aime ses fans. Vraiment. A l’occasion de la sortie de "Seul… ou presque", témoignage sonore et visuel de sa tournée en solitaire, il nous a longuement reçus. Il a tenu bon puis s’est doucement laissé aller. Polygamie musicale, poker, Gainsbourg, Adjani, paternité, célébrité, il a abordé les aspects de sa vie sans se débiner.

La mode est aux grands spectacles. Et vous, vous parvenez à attirer des dizaines de milliers de personnes en jouant tout seul. Pourquoi?
Patrick Bruel. - Les gens viennent me voir parce qu’ils ont confiance. C’est ça qui est beau. Ils ont confiance parce que depuis des années je ne les ai jamais trahis. J’ai toujours été au-delà de ce qu’on pouvait espérer. Chaque spectacle était très puissant, très beau. Chaque fois que quelqu’un est sorti d’une salle de concert, il est allé dire aux autres de venir. C’est comme ça que j’ai tissé ma toile, mon histoire avec le public.

Cette histoire d’amour avec le public dure depuis près de 30 ans. Pourquoi les histoires d’amour à deux sont-elles plus compliquées?
La grande différence, c’est que le public a le droit d’aller voir ailleurs. Il y a quelque chose de très polygame dans la relation avec le public. Alors que dans la vie de couple, c’est un interdit. C’est ça qui esquinte peut-être les couples.

Vous semblez sûr de vous. A quoi est-ce dû? Au succès?
Non. Ce qui me donne confiance, c’est qu’objectivement, sur scène, il se passe toujours quelque chose de bien. On a écrit partout que j’étais une bête de scène. Je suis d’accord avec ça.

Visiblement, vous n’avez aucun mal à accepter le compliment.
Non, je me le fais même à moi-même. Dans la vie, il faut avoir de l’humilité mais pas forcément de la modestie. La modestie ne sert à rien. Comme disait Goldman dans sa chanson, "Y a qu’une guitare à la main que je n’ai peur de rien". Sur scène, je n’ai pas peur, je suis dans mon élément. Mais j’ai toujours une appréhension avant d’entrer sur scène. J’ai toujours un petit truc au ventre. Mais ça tient plus de la concentration que du trac.

[...]

Pensez-vous être quelqu’un de particulièrement intelligent?
Mais enfin, quelle question! Si je vous dis que je suis très intelligent, je passe pour un idiot complet… (Il réfléchit.) Le dictionnaire dit que l’intelligence, c’est la faculté de comprendre. Mieux, la faculté de s’adapter. Donc cette intelligence-là, je l’ai. Par contre, je n’ai pas l’intelligence des affaires.

[...]

Est-ce qu’à un moment, vous vous êtes lassé du Patrick Bruel tout lisse?
Je ne me suis pas rendu compte que mon image était lisse à ce point. Je ne suis pas comme ça dans la vie. J’aime la bonne chair, le bon vin et les femmes. Les artistes sont souvent perçus tels qu’ils ne sont pas vraiment. Gainsbarre n’était pas Gainsbourg.

Vous vous rappelez ce que vous faisiez quand il est mort?
(Etonné.) Le soir où Gainsbourg est mort? Je jouais au poker avec Julien Clerc. On faisait une partie très amicale parce que Julien joue toujours très petit. Mais c’était une partie sympa, on se marrait bien. Le téléphone a sonné, Julien est parti, il est revenu et a dit: Serge est mort. Et là, plus personne n’a parlé, on est resté pendant trois ou quatre heures à jouer, sans parler, sans rien. Je

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