Traits sexe des sixties

Traits sexe des sixties
culture22/09/2009 09h31

Loin des pin-up des cabines de camionneurs, promenade dans une BD vintage qui fit entrer le dessin érotique dans la pop culture.

 Crepax, Cuvelier, Forest, Peellaert. Quatre dessinateurs que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. D’accord. Et pourtant, ces quatre-là ont laissé des traces, non seulement dans l’histoire du goût, mais également dans la bande dessinée d’aujourd’hui, passablement obsédée par le sexe. S'il est admis, voire obligatoire, qu’une BD des années 2000 serve sa petite scène érotique, c’est en partie grâce à ces illustrateurs qui, dans les années 60, ont redéfini les conventions syndicales du genre. Pour Benoît Peeters, intellectuel du neuvième art, "ces quatre auteurs ont permis le passage de la BD à l’âge adulte, ils sont représentatifs d’une nouvelle façon de lire de la BD, ils sont représentatifs d’un nouveau public".

 Mais affirmer que Crepax, Cuvelier, Forest et Peellaert sont des pionniers serait injuste. Guido Crepax, auteur de Valentina, chef-d’œuvre érotique de classe, n’est pas le premier à avoir dessiné le sexe dans la bande dessinée italienne, encombrée par une production de masse ("fumetti") à l’esprit très porno et très macho. Avec Crepax, et les autres, on passe du cru popu au cul noble… "Avec eux, précise Peeters, on bascule de la tentative d’une BD adolescente qu’incarne Pilote à une BD adulte destinée aux adultes. On n’est plus dans Astérix…"

Guy Peellaert

 Très inspiré par le sex-appeal des chanteuses yéyé, le Belge crée - en 1966 - Jodele en pensant à Sylvie Vartan et, un an plus tard, Pravda en fantasmant sur Françoise Hardy. Les deux affichent un look pop ultra-suggestif et une volonté de s’affirmer, voire d’en découdre avec les valeurs morales. Eloigné de la BD, Peellaert entre dans les années 70, imposant sa griffe comme illustrateur rock. Pour Benoît Peeters, son travail n’est "ni racoleur ni vulgaire". Il poursuit: "La bande dessinée de ces auteurs est transgressive et politique. Elle permet de heurter les tabous et le conservatisme de l’époque. Il y a une réelle envie de rupture et un risque de censure. Bien sûr, ce qui choquait hier ne choque plus aujourd’hui… Les parents sont parfois un peu désemparés de voir la crudité des mangas que leurs ados lisent, mais chaque génération fait son éducation dans les images de son époque".

[...]

Paul Cuvelier

 Maître d’un classicisme BD hérité du journal Tintin, le Belge Cuvelier fait des prouesses lorsqu’il agit dans l’anatomique, son Corentin en atteste. En 1966, sur un scénario de Jean Van Hamme, il crée Epoxy, sulfureuse bande dessinée où il se laisse aller à toutes les tentations, y compris celle du saphisme. Une vision décomplexée de la femme qui reste un objet de désir déjà croisé dans les revues de charme à la Playboy. Des images certes un peu dépassées car, selon Benoît Peeters, "tout ce qui se fait d’intéressant dans le domaine de l’érotisme aujourd’hui est fait par des femmes. On est passé de personnages féminins forts au personnage de la dessinatrice capable d’assumer sa vie érotique. C’est ce qu’a fait Aurelia Aurita dans Fraise et chocolat, c’est ce que font beaucoup de dessinatrices japonaises. Aurelia Aurita mais Zep aussi d’une certaine façon ont amené de l’humour dans le sexe, une espèce de décontraction qu’on n’imaginait pas avant".

Sébastien Ministru

"Sexties". Du 25 septembre au 3 janvier 2010. Bozar, 23 rue Ravenstein, 1000 Bruxelles. 02/507.82.00. www.bozar.be

Tags: , , , ,





Il n'y a pas encore de réactions

Se connecter pour ajouter un commentaire

Twitter