
Perdue et retrouvée dans les archives d'unfilm maudit qui ne verra jamais le jour, la Romy post-Sissi est splendide, sexy et troublante.
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Le film aurait pu s'appeler Le naufrage, mais il portait quand même bien son titre: L'enfer. Il n'a jamais été fini et il n'est donc jamais sorti. En 1963, il est annoncé comme l'œuvre censée emmener le cinéma là où il ne s'est jamais aventuré et remettre en question les codes du langage de l'image. Rien de moins. Avec L'enfer, Henri-Georges Clouzot veut tenter de repousser les limites de l'angoisse dont il a pourtant contribué à forger une esthétique grâce à des films au suspense souvent pervers. L'assassin habite au 21, Le corbeau, Les diaboliques, Le salaire de la peur et Quai des Orfèvres - tous entrés au dictionnaire des classiques. Mais le pari de L'enfer n'aboutira jamais.
Le tournage démarre en juin 1964, et s'interrompt définitivement trois semaines plus tard. Rien n'a fonctionné comme prévu autour de ce scénario maudit - l'histoire d'un homme malade de jalousie - qui mettra à mal la santé de Serge Reggiani, l'acteur principal, et celle de Clouzot, sorti de l'aventure déprimé après être passé par la case infarctus! Un comble pour ce metteur en scène considéré comme un baraqué et un des cinéastes les plus tyranniques de l'époque. Son épouse, Véra Clouzot, actrice terrorisée, ne fut pas la dernière à être mal traitée par le maître. Sa brutalité fera la légende des Diaboliques où, dix ans plus tôt, il dirige d'une main de fer une Simone Signoret qui l'attend de pied ferme, cinglante de beauté et de justesse.
Avant qu'il ne quitte le plateau (après de longues et stériles discussions, Jean-Louis Trintignant refuse de le remplacer), Serge Reggiani donne la réplique à Romy Schneider dans le rôle de l'épouse soupçonnée d'adultère. Au plus fort de ses 25 ans, l'actrice sort de sa rupture avec Alain Delon et, dans l'esprit du public, elle est encore Sissi, cette fontaine de crinoline dans la série kitsch qui continue, aujourd'hui encore, à faire les belles heures de la télé des redifs. Mais pour L'enfer, Romy Schneider est prête à envoyer dans le décor l'impératrice aux poumons fragiles et à faire ce qu'elle n'a encore jamais accepté de faire: se mettre en danger et, accessoirement, montrer ses seins!
C'est principalement sur Schneider et Reggiani que le réalisateur expérimente de nouveaux procédés techniques qui doivent faire de ce film un objet dont l'ambition est de mixer cinéma populaire et 7e art d'avant-garde. L'idée est de s'approcher au plus près du paysage mental du mari jaloux projetant sur son épouse désirs refoulés et scènes fantasmées. Un peu sur les traces d'Hitchcock qui, en 1958 dans Vertigo, use déjà d'effets visuels illustrant la peur du vide du héros interprété par James Stewart.
Aux limites du surréalisme, de l'art optique et de la recherche pure, les essais - six mois de rushes, 185 bobines enfermées depuis plus de 40 ans - montrent Clouzot absorbé par une spirale délirante qui l'empêche de voir où il va exactement. C'est-à-dire droit dans le mur. Sorties de l'oubli par le producteur Serge Bromberg en 2005, ces archives, confisquées suite à un conflit avec la compagnie d'assurances travaillant sur le film, font aujourd'hui l'objet d'un documentaire (qui sortira chez nous en mars 2010) et d'un livre alignant les images les plus insensées tombées de ce projet qui voulait changer le cinéma et qui, hélas, ne changea rien. Claude Chabrol n'y changera rien non plus. Sa version - gentille - de L'enfer, tournée en 1994 avec François Cluzet et Emmanuelle Béart, reste, à ce jour, considérée comme un "petit Chabrol".
Romy dans L'enfer
Serge Bromberg
Albin Michel, 160 p.
Tags: Romy Schneider, Eté, shopping, robe, Serge Reggiani, tenue sexy, Jean-Louis Trintigna, Simone Signoret, Henri-Georges Clouzo
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