
Dans La Route, adapté du roman de Cormac McCarthy, l'acteur du Seigneur des anneaux apparaît amaigri, le regard embué de poussière. Une performance.
Jusque-là, pour le grand public, Mortensen était surtout un nom, précédé d'un étrange prénom. Dès décembre 2001, fin du premier acte. Le gaillard devient d'abord un visage, un héros ensuite, et enfin un vrai sex-symbol. Ce miracle a un nom, ou plutôt un titre: Le Seigneur des anneaux. Avec le premier volet de la trilogie de Peter Jackson, Viggo décroche à la fois l’anneau, la timbale et la reconnaissance de tous, public comme critique.
Le vaillant Aragorn le propulse instantanément au rang des acteurs bancables et solvables. Un coup de fouet décisif à sa carrière... alors qu'il était passé à deux doigts de refuser le rôle. "Moi qui éprouve toujours des difficultés à dire non, j’ai failli rejeter la proposition de Jackson. En fait, je ne connaissais pas cette histoire et je ne voulais surtout pas m’embarquer pour des mois de tournage en Nouvelle-Zélande, loin de mon fils, Henry, encore jeune à l’époque", se souvient-il. "Paradoxalement, c’est lui qui m’a donné envie de participer à cette saga, car elle l'avait passionné!"
Huit ans plus tard, une dizaine de rôles souvent marquants plus tard (il a notamment été nominé aux oscars pour sa fabuleuse interprétation du Russe Nikolai Luzhin dans Les Promesses de l'ombre), Mortensen explose à nouveau l'écran avec La Route. Une nouvelle adaptation d'un livre où, dans un décor postapocalyptique, notre Américano-Danois volant interprète "L'Homme". Un rescapé de l'ultime désastre qui, avec son fils, tente, entre vide et néant, d'échapper à la mort.
Un film à la fois physique et philosophique, effrayant de réalisme sauvage. "John Hillcoat, le réalisateur, avait un parti pris: il voulait filmer ce qui se déroulait, en vrai, devant lui. Sans artifices. Pas question, par exemple, de cannibales en images de synthèse. Il voulait qu'on puisse sentir la cendre, entrer dans la grisaille, ressentir physiquement toute l'horreur et l'angoisse de leur situation. Je ne suis pas du genre à sauter de joie, on me considère même souvent comme quelqu’un de sinistre. Mais cette fois, je dis à qui veut l’entendre que le résultat est impressionnant."
Vous êtes réputé pour préparer chacun de vos rôles en profondeur. Ce fut à nouveau le cas pour La Route?
Viggo Mortensen. - Je peux le dire, oui. Dans La Route, j'incarne un père perpétuellement anxieux. Durant toute l’histoire, il reste constamment aux aguets, il n'a aucun moment de répit. J’ai donc dû m’entraîner afin qu'il se dégage du personnage une tension permanente. J’ai aussi lu le livre plusieurs fois afin de bien m’imprégner de l'atmosphère décrite par Cormac McCarthy. A un certain moment, tous les acteurs ont été conviés à des répétitions où l’on a pu accorder nos violons. La manière dont chacun voyait le film n'était en effet pas toujours la même. Un privilège rare dans ce métier où tout doit d’habitude toujours aller très vite. Hélas, d'ailleurs!
Enfin, j'ai suivi un régime pour paraître maigre à l’écran, ce qui est tout de même plus crédible à partir du moment où, dans l'histoire, on est censés mourir de faim!
Ce film apocalyptique, qui explore aussi l’être humain dans ce qu’il peut avoir de plus sauvage, a-t-il changé votre propre vision du monde?
D'abord, je suis plutôt heureux que La Route décrive un monde imaginaire. L'histoire agit en fait comme un miroir grossissant, qui exagère la réalité afin de faire comprendre comment nous pourrions finir si le pire venait à se produire. Et pour faire passer le message, le bouquin se base sur des préoccupations universelles. Quelle que soit la culture à laquelle on appartient, je crois qu'on ne peut que trembler à l’idée de ce qu’il adviendrait de nos enfants s’ils étaient livrés à eux-mêmes dans un futur aussi délabré.
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