Gaëtan Roussel: J'ai eu envie de me perdre

Gaëtan Roussel: J'ai eu envie de me perdre
culture16/03/2010 09h36

Il s'offre une bouffée d'oxygène en solitaire, loin de chansons écrites pour son groupe Louise Attaque et pour Bashung.

Jusque-là, cet auteur-compositeur à la voix âpre et au jeu de guitare influencé par la country/folk s'était abrité derrière des groupes comme Louise Attaque ou Tarmac pour s'exprimer. On l'a remarqué, omniprésent mais encore dans l'ombre, sur "Bleu pétrole", le chant du cygne d'Alain Bashung qu'il a coécrit et réalisé. Et c'est à peine si le public qui a plébiscité le single "Il y a" de Vanessa Paradis sait qu'il en est le créateur. Mais aujourd'hui, Gaëtan Roussel ne se cache plus. Ou presque. Si c'est bien de son nom qu'il signe son premier album solo, c'est en bande, sous des latitudes diverses et en brouillant les pistes, qu'il a mené l'aventure.

 Enregistré entre New York et Paris, "Ginger" est un disque pop sur lequel cohabitent les guitares sèches et les machines, l'anglais et le français, les modèles des années 80 (Gordon Gano des Violent Femmes déjà recruté à l'époque de Louise Attaque) et les héros d'aujourd'hui (Tim Goldsworthy, bidouilleur en chef du label DFA). Si l'album peut surprendre par son propos léger et ses brusques changements de rythme, il est soutenu par des mélodies imparables telles que Help Myself, Dis-moi encore que tu m'aimes ou Des questions me reviennent, futur tube radiophonique qui plaira aux fans de Manu Chao. "Ce disque est le résultat d'un changement d'habitudes, qui s'est amorcé par un travail sur des rythmiques, sans véritablement se préoccuper des textes. J'avais aussi le désir d'alléger le propos, de ne plus essayer de faire rentrer les mots au chausse-pied", lance-t-il en guise d'introduction.

L'argumentaire promotionnel accompagnant "Ginger" débute par une citation de Bashung dans laquelle il vante le goût du danger. C'est ce que vous aviez en commun avec lui?
Gaëtan Roussel. - Même si c'est prétentieux de me comparer à lui, j'espère que c'est effectivement ce qui me liait à Alain. L'une des leçons les plus importantes apprises à son contact, c'est qu'il faut toujours enfoncer des portes et rester dans le mouvement. Cette citation tirée de sa chanson Le secret des banquises a animé tout mon album solo. "Est-ce que vous avez des doutes, des idées, des rêves de douceur éveillée. Le goût du danger, des routes à prendre ou à laisser…" Tout est là-dedans.

L'autre figure qui vous a guidé pour cet album, c'est Damon Albarn, l'âme de Blur et de Gorillaz. Vous le citiez déjà comme influence à l'époque de votre projet Tarmac.
Ça me fait plaisir que vous le soulignez car "Ginger" n'est pas un disque d'humeur ou de mode. Il est mûrement réfléchi. Mon groupe Tarmac (deux albums, un live avec Arnaud Samuel, violoniste de Louise Attaque - NDLR)était ainsi baptisé en référence à la zone de transit dans laquelle évolue un artiste. J'ai toujours suivi de près le travail de Damon Albarn. J'aime son côté bidouilleur, dans le sens noble du terme, et sa curiosité. Je retrouve aussi ce sens de la liberté chez les Talking Heads ou Big Audio Dynamite, deux groupes que j'ai beaucoup écoutés en préparant "Ginger". Je ne dis pas que j'ai calqué ma musique sur la leur, mais j'ai suivi la même démarche décomplexée. J'ai eu envie de me perdre avec "Ginger".

[...]

Depuis les débuts de l'aventure Louise Attaque, vous avez développé des tics qui sont absents ici.
Pour la voix, je ne me rends pas vraiment compte. Pour les textes, c'est voulu. C'est moins cérébral, je n'ai pas cherché à ciseler. J'ai eu une approche plus anglo-saxonne et plus pop où le texte a moins d'importance. Quand je travaillais sur mes maquettes, je chantais en yaourt. J'utilisais des mots pour leur sonorité, pas pour leur signification. C'est vous dire. Mais bon, j'ai quand même retravaillé les paroles par la suite…

Avez-vous hésité à sortir cet album sous votre propre nom?
Oui, je n'arrivais p

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