Bollywood et Hollywood: Le mariage de raison

Bollywood et Hollywood: Le mariage de raison
culture25/05/2010 10h28

Les industries du cinéma indienne et américaine se détestaient. L'appel du dollar les a unies.

Avec ses huit oscars, Slumdog Millionaire a suscité la curiosité du public pour le cinéma indien. Le film du Britannique Danny Boyle a même établi des passerelles entre Bollywood et Hollywood. Au point que cette dernière aide aujourd’hui la première à faire connaître ses réalisations bien au-delà des rives du Gange. C’est le cas de My Name Is Khan de Karan Johar, distribué à l’étranger par la très hollywoodienne compagnie Fox.

L'hiver dernier, Shah Rukh Khan, acteur principal du film, a profité de sa visite promotionnelle à New York pour sonner l’ouverture de la Bourse de Wall Street, privilège généralement réservé aux directeurs des grandes entreprises cotées ou à des chefs d’Etat. Le symbole est très fort. Comme si le cinéma indien était tout à coup passé dans la grande centrifugeuse capitaliste du divertissement made in USA. Et dire que naguère, Hollywood et Bollywood ne se supportaient pas… Alors, pourquoi ce rapprochement soudain?

Au royaume du show-business, il ne faut jamais négliger le mot business. Or, le budget de production d’un film en Inde est actuellement bien moindre que celui du même genre d’œuvre qui serait estampillée par la machine à rêves américaine. De là à dire que l’on verrait émerger à terme un échange de bons procédés, il n’y a qu’un pas que certains franchissent allègrement. "Réaliser Slumdog Millionaire aux Etats-Unis, même avec des acteurs américains inconnus, aurait coûté environ dix fois plus cher", a déclaré Danny Boyle l’an dernier. L’avenir est désormais à une coopération à double sens. Les Américains devront nouer des collaborations avec les magnats du cinéma de Bollywood en vue de réduire les coûts de production sur des films racontant des histoires universelles. Quant aux Indiens, qui exportent mal leur cinéma, il devront confier le marketing mondial aux Américains."

My Name Is Khan entre parfaitement dans ce canevas. Primo, parce qu’il traite de préoccupations d’actualité pour le monde entier (l’intolérance religieuse, la peur de la différence, l’amour). Secundo, parce que son scénario répond à tous les critères de la comédie romantique et universelle bien charpentée. Tertio, parce qu’il a convié à la fois des acteurs indiens et américains à un tournage étalé sur les deux continents (mais surtout en Inde) pour plaire à tout le monde sans faire sauter la banque. Et enfin car sa promotion a été confiée aux mains expertes de la machine publicitaire hollywoodienne. Avec interviews à la chaîne, affiches dans le monde entier. Et sa tête de gondole, énorme star en Inde, qui se tape la cloche à Wall Street.

Le succès du film n’est heureusement pas dû uniquement à des rouages économiques et diplomatiques bien huilés. Car, artistiquement, il passe aussi parfaitement la barre. Cette histoire n’est pas l’œuvre d’un manchot de la caméra. Karan Johar est sans aucun doute le réalisateur indien le plus adulé dans son pays. Au point d'être considéré par certains spécialistes comme l’une des figures centrales de Bollywood. Ses trois films réalisés avant My Name Is Khan ont tous inscrit leur nom au sommet du box-office indien. Kuch Kuch Hota Hai (bientôt adapté par le réalisateur lui-même sous la forme d’un dessin animé), Kabhi Khushi Khabie Gham et Khabhi Alveda Naa Kena contenaient déjà tous ce mélange de comédie, d’émotion, de grand spectacle et de contenu politique que l’on retrouve dans My Name Is Khan.

"Je pense que mon film ouvrira la voie à une coopération cordiale et accrue entre les cinémas indien et américain", expliquait Johar lors du montage financier de Khan voici quatre ans. Et l’actualité semble lui avoir donné raison. Puisque, non content de constituer un début de tremplin économique pour des films made in Bollywood en général, Hollywood sert aussi de rampe de lancement pour certains acteurs indiens en particulier. Ainsi, Neha Dhupia, star absolue à Mumbai, a récemment tourné dans une mini-série télé américaine, Bollywood Hero. Une comédie en trois parties où Dhupia campe une actrice indienne désireuse de cartonner à l’étranger…

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