Uffie: Maman hype

Uffie: Maman hype
culture08/06/2010 09h00

La planète électro a trouvé sa nouvelle reine. Elle a 22 ans et partage ses nuits entre DJ set et bébé.

Notre première rencontre avec Uffie remonte à l'édition 2007 du Dour Festival. Ce soir-là, un samedi 14 juillet, elle portait le maillot de Zidane, carburait à la clope/vodka/Redbull en célébrant la fête nationale française avec ses potes de Justice et du label Ed Banger. Et quand elle s'emparait du micro, c'était déjà pour pousser le sulfureux Hot Chick qui se retrouve aujourd'hui sur son premier album "Sex Dreams and Denim Jeans".

 En trois ans, le buzz n'a cessé de gonfler. On a entendu Uffie sur l'album de Justice. Elle a enchaîné DJ sets et singles dévastateurs (In Charge, Dismissed, Pop The Glock) qui malaxent new-wave des années 80, électro/kitsch et hip-hop fiévreux. Elle a été habillée par le styliste new-yorkais Jeremy Scott et shootée par tous les magazines de mode. Elle s'est fait courtiser par Kayne West. Pedro Almodovar lui a signé un chèque en blanc pour la bande originale de son prochain film. Et l'infatigable Pharrell Williams a trouvé deux heures dans son agenda overbooké pour enregistrer un duo en sa charmante compagnie. Fruit défendu de cette collaboration, ADD SUV est une chanson électro/hip-hop minimaliste qui évoque deux syndromes majeurs chez les stars du rap: les troubles de concentration (l'acronyme ADD pour attentional dysfunctionnal disorder)et l'addiction aux véhicules 4x4 (SUV).

 Attendu comme la délivrance par tous les fêlés du dancefloor, "Sex Dreams And Denim Jeans" est la bande-son parfaite de notre époque incarnée par une jeune femme de 22 ans bien dans ses pompes, malgré un emploi du temps bousculé par sa récente maternité. "J'ai accouché d'une petite fille en octobre dernier. J'ai engagé une nounou et je parviens à concilier boulot et câlins sans trop de stress. En fait, je vis sur mon petit nuage et profite du temps présent. A l'occasion d'une réunion en décembre dernier avec ma firme de disques, je me suis rendu compte pour la première fois que les choses devenaient sérieuses. Il y avait vingt personnes autour de moi qui me parlaient de mon album. Le lendemain, ils avaient organisé une séance officielle de photos que j'ai brossée car j'étais trop crevée. Je n'ai jamais eu autant mauvaise conscience."

 Née à Miami d'une mère anglaise, Anne Hartley - son vrai nom - a suivi son père styliste à Honk Kong où elle s'est épuisée de longues années à apprendre le cantonais avec des milliers de petits Chinois. Sur son disque, elle reprend d'ailleurs Honk Kong Garden, tube de la prêtresse punk Siouxsie And The Banshees. "Je ne connaissais pas Siouxsie. C'est mon producteur Mirwais qui m'a fait écouter la chanson et j'ai trouvé le clin d'œil intéressant."

 C'est aussi à Honk Kong qu'elle découvre dès l'adolescence le milieu du clubbing sous l'influence de sa grande sœur. Elle commence aussi à pousser la chanson devant la glace et, relocalisée à Paris, elle rencontre Pedro Winter, manager (Daft Punk, Justice) et patron du label Ed Banger. Séduit par la voix et le côté déluré de la jeune fille, Pedro Winter l'embarque dans l'aventure Justice alors qu'elle n'a pas 18 ans. "J'adore la manière de travailler de Pedro. Il fonctionne au feeling et ne perd pas son temps. Dès qu'une idée de morceau le séduit, il réserve un studio et enregistre. J'ai beaucoup appris à ses côtés. Pour écrire une chanson, il ne me faut pas plus d'une nuit et si je dois revenir dessus, je sais qu'elle ne sera jamais bonne."

Luc Lorfèvre

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