The Chemical Brothers: Arme de dancefloor massive

The Chemical Brothers: Arme de dancefloor massive
culture15/06/2010 09h13

A bord de leur machine à déchaîner les foules, les deux génies de l'électro réinventent le spectacle total.

S'il est un genre musical où il ne fait pas bon vieillir, c'est bien celui de l'électro. Musique jeune, hédoniste, expérimentale et bien plus rebelle dans son esprit qu'une grosse partie de la production rock indie en 2010, elle n'offre la longévité qu'aux plus inventives de ses stars. Aux côtés des inusables Kraftwerk, de Laurent Garnier, d'Underworld et de Daft Punk, The Chemical Brothers se distinguent à nouveau avec "Further", un septième album qu'ils ont présenté à Londres lors de quatre concerts complets à la Roundhouse, du 20 au 23 mai dernier.

 Formé au début des années 90 à Manchester, le duo composé de Tom Rowlands et d'Ed Simons est devenu un abonné des festivals d'été. Ils s'y produisent généralement en clôture, histoire de fédérer toutes les tribusavec leur savant mélange de bidouillages et de lignes mélodiques empruntées au rock. Et même si leurs dernières productions discographiques ("Push The Buttons" en 2005 et "We Are The Night" en 2007) abritent quelques perles, c'est en recyclant leurs gros tubes gonflés aux infrabasses qu'ils font toujours couler la sueur. Pour cette nouvelle tournée, Ed et Tom privilégient toutefois les salles et relèguent Hey Boy Hey Girl, Galvanize et autre Block Rockin' Beats en deuxième moitié de concert, la première étant consacrée à "Further" qui est joué dans son intégralité et dans l'ordre chronologique.

 Sans être un album concept, "Further" a été conçu comme un spectacle total. Les huit morceaux du disque (le plus long dure dix minutes et le plus court frôle les cinq minutes) sont mixés les uns aux autres sans la moindre pause. En bonus, un DVD présente huit films réalisés par Adam Smith et Marcus Lyall, qui travaillent sur les visuels des Chemical Brothers depuis 2000. Sur scène, le duo est aux commandes d'une navette spatiale qui envoie une purée de décibels mais aussi stroboscopes tourbillonnants, lasers et fumigènes. Les écrans géants plasma marient, eux, images de synthèse, vidéos avec chorégraphies de silhouettes en ombres chinoises, slogans et références à un univers jamais loin de Magritte.

 Mais, le plus étonnant, c'est cette musique qui se joue du temps et des étiquettes. Morceau de bravoure du nouvel album, Escape Velocity aurait pu figurer sur la bande originale de Trainspotting, le film culte de la génération rave. Snow, la plage d'ouverture, évoque les compositions ambient de Brian Eno. Les basses martelées qui sortent de leur soucoupe rappellent que New Order reste le groupe préféré d'Ed Simons. L'énigmatique K.D.B. est une chanson pop aérienne comme peut en écrire Air. Quant à l'influence psychédélique de Pink Floyd, elle est à la fois palpable sur les écrans et dans les arrangements de certaines plages, notamment Another World.

 Il est, certes, difficile de savoir ce qui est vraiment joué et remixé en live par les faux frangins. Mais ce qui est certain, c'est que l'on ressort de la salle sur les rotules et avec le sentiment d'avoir vécu un moment unique. Si les Chemical Brothers restent toujours une formidable machine à faire bouger les masses, ils prouvent avec "Further" leur capacité à explorer et à réfléchir en termes d'album.
Luc Lorfèvre

Swoon

The Chemical Brothers -"Further"
EMI/Virgin
Notre avis: 3 étoiles

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