Yannick Noah: Je reste un joueur de tennis

Yannick Noah: Je reste un joueur de tennis
culture31/08/2010 09h11

Exilé à New York avec sa smala, il redessine les frontières du monde et cultive sa philosophie: la coolitude.

Au lendemain de sa victoire aux Internationaux de France à Roland-Garros en 1983, le journal sportif L'Equipe avait titré en une "50 millions de Noah!", comme pour montrer que c'était tout un peuple qui marchait derrière son nouveau champion. Près de trois décennies plus tard, Yannick Noah reste le chouchou de l'Hexagone. Pour la huitième fois, et la sixième fois consécutive, l'ancien sportif reconverti en chanteur à succès arrive en tête du classement des personnalités préférées des Français dressé par nos confrères du Journal du dimanche.

Alors, question: qu'a-t-il de plus que Dany Boon, Zinedine Zidane, Mimie Mathy, Gad Elmaleh et autre Francis Cabrel qui le suivent dans le top 10? "Certainement pas grand-chose. On aime les gens, c'est tout", répond à tort l'intéressé. Car il y a justement ce petit plus qui fait la différence. Noah est le seul à incarner au naturel cette "coolitude" qui lui permet d'être à la fois le pote, le gendre, le grand frère ou le papa idéal de plusieurs générations de Français. Il est un mec qui n'a jamais oublié d'où il venait. Il ne triche pas, il ne calcule pas, il ne se la pète pas. Il parle comme tout le monde et à tout le monde. Et surtout, il s'amuse. Hier, il avouait commettre des doubles fautes dans des matches importants parce qu'il matait les filles dans les tribunes plutôt que la ligne de service. Aujourd'hui, alors qu'on lui parle nouvel album, tournée et Stade de France (qu'il peine à remplir), il insiste pour qu'on retienne bien l'adresse du Guantanamera, "un petit bar entre la 55e et la 56e rue à New York, qui est devenu mon quartier général pour ses mojitos et ses musiciens cubains".

Depuis deux ans et demi - en fait depuis que Sarkozy est entré en fonction à l'Elysée -, Yannick Noah a quitté la France pour s'installer à New York en famille, "avec vue sur Central Park" et "la possibilité de prendre le métro ou d'aller au kiosque sans être reconnu". Cet exil nourrit plusieurs chansons de "Frontières", son nouvel album, où il redessine avec ses mots sincères et naïfs les frontières de notre monde. Entre variétés, reggae et rythmes ensoleillés, son disque est du fait sur mesure par son équipe habituelle d'auteurs-compositeurs (Jacques Vénéruso, Gildas Arzel, Erick Benzi) déjà derrière "Charango", son dernier carton avec plus de 1,3 million d'exemplaires vendus.

Dans la chanson Ma pomme, qui parle de votre nouvelle vie new-yorkaise, vous parlez du prix à payer pour tout exil. Quel a été le vôtre?
Yannick Noah. - On laisse toujours quelque chose derrière soi. C'est très ambigu comme situation. Je vis entouré de mes enfants, mais j'ai laissé ma mère à Paris. Je me suis fait de nouveaux potes et une nouvelle vie, mais Paris me manque aussi. Même volontaire, un exil ne peut jamais satisfaire à 100 %.

Cette expérience ne vous a-t-elle pas donné envie d'écrire vous-même vos chansons et de les enregistrer avec des musiciens new-yorkais?
Non, je profite de ma chance. Hormis le succès surprise de Saga Africa, dont j'étais l'auteur, ça a commencé à bien marcher pour moi lorsque j'ai arrêté d'écrire mes chansons. Je reste fidèle à mon équipe d'auteurs et de compositeurs qui vient avec des morceaux me correspondant parfaitement. Comme je n'ai pas cet investissement psychologique et spirituel lié à la création, ça me prend seulement un peu plus de temps pour me mettre dans la peau du chanteur. D'autant plus que sur ce disque, il y a des chansons qui s'adressent clairement à des adultes et d'autres aux enfants et pour lesquelles il faut apporter un ton plus doux, plus délicat.

On demande votre avis sur tous les sujets de société. Mais dans vos chansons, vous vous gardez bien de donner des leçons…
J'ai des convictions très fortes et je n'ai pas l'habitude de me défiler. Depuis que je fais la promo de ce nouveau disque, on m'interroge sur les sans-papiers, sur les

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