Michael Douglas: Le salopard en col blanc

Michael Douglas: Le salopard en col blanc
culture31/08/2010 09h28

Yuppie, il redevient le héros sans pitié de Wall Street! Un personnage qui a inspiré une génération de traders.

Votre pouvoir d'achat a baissé, le chômage rôde, la crise est sur toutes les lèvres. Pourtant, les traders ont retrouvé le sourire. Vingt-deux ans après le cultissime Wall Street, film de la génération yuppie, Oliver Stone revient avec Wall Street: l'argent ne dort jamais. Michael Douglas reprend le rôle de Gordon Gekko qui lui valut à l'époque un oscar. Cette fois, il sort de prison après avoir purgé une peine de huit ans pour fraude boursière. Dehors, le monde a changé. C'est alors qu'il rencontre un tout jeune golden boy (interprété par Shia Labeouf). L'aventure peut reprendre.

Film d'action calibré et efficace, Wall Street a été projeté en avant-première à Cannes. Quelques mois seulement avant que Michael Douglas n'annonce qu'il était atteint d'un cancer de la gorge. Sur la Croisette, l'homme tenait la forme. Black Rain, The Game, La Guerre des Rose, Liaison fatale, Basic Instinct, Chute libre, Traffic: en quarante ans de carrière, Douglas a engrangé un grand nombre de rôles marquants. Mais Gordon Gekko, salopard sans pitié, reste l'un de ses préférés.

Heureux de retrouver Gordon Gekko?
Michael Douglas. - Oui, bien sûr. C'est probablement le plus beau rôle que l'on m'ait offert dans ma carrière. Ce qui m'intéresse cette fois, c'est que vingt ans plus tard, mon personnage n'est plus au top mais au fond du trou. Cela dit, personne ne sait si ces huit années de prison l'ont vraiment changé ou s'il est resté la crapule qu'il était.

Gordon Gekko vous a échappé: il est devenu un héros pour toute une génération de jeunes gens aux dents longues…
Oui, c'est très étrange. Mais bon, on sait que ce sont les méchants qui plaisent et marquent le plus le public. Mais tout s'explique. C'est un vrai beau rôle avec une belle construction psychologique et de grandes répliques. J'ai souvent discuté avec de jeunes diplômés pour leur dire: "Mais vous savez, Gekko a enfreint la loi en vigueur dans le commerce, il a détruit des compagnies, détruit des familles, des êtres humains. Il n'est en rien un bon exemple." En tournant Wall Street, jamais nous ne nous sommes doutés que toute une génération d'étudiants d'écoles de commerce allait le prendre pour modèle. Beaucoup de gens m'ont dit: "C'est à ce type que j'aimerais ressembler plus tard." Le pire, c'est que 22 ans plus tard, ce sont ces mêmes jeunes qui dirigent les grandes sociétés d'investissements boursiers.

Par quel type de rôle êtes-vous attiré aujourd'hui?
Je ne me préoccupe jamais vraiment de mon rôle lorsque je lis un scénario. La seule question que je me pose, c'est: est-ce que cela fera un bon film? Vous savez, aujourd'hui, je suis un homme marié et comblé (avec Catherine Zeta-Jones - NDLR), père de deux petits enfants. J'ai joué dans pas mal de films. Je crois que je n'ai plus l'âge ni le temps de me répéter. Là, je vais tourner Liberace (artiste de music-hall américain décédé du sida - NDLR) de Steven Soderbergh avec Matt Damon.

Etes-vous plus intéressé par les films "à message"?
J'aime lorsqu'ils se présentent. Mais faire passer des messages est un objectif de seconde ligne à Hollywood. On ne peut pas se permettre ce genre de chose avec des films qui coûtent aussi cher. Les gens veulent simplement être distraits. Donc, vous devez leur donner deux heures de spectacle. Si, dans ce carcan-là, vous avez l'une ou l'autre minute pour un message, tant mieux.

En même temps, on sait que vous êtes un homme engagé, notamment pour le désarmement nucléaire…
Oui, c'est vrai. Mais c'est une autre facette de moi, plus privée. Au cinéma, il est clair que mon cœur me porte toujours vers les films divertissants.
Marie-France Dupagne et Jérôme Colin

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