
Entre varièt' et rock, il s'interroge sur le monde avec un album radical. Parfum de Bashung.
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Avec "Pacific 231", cinquième album d'une discographie exemplaire, Raphael Haroche s'élève dans le paysage de la chanson et tutoie désormais les anges. Son univers reste identifiable, mais il se singularise. Loin de son blockbuster "Caravane", dont on repère davantage l'ADN sur les trois chansons qu'il a écrites pour le premier disque de Zaz, "Pacific 231" rappelle par son audace extrême les disques les plus barrés de ses modèles français: "Novice" d'Alain Bashung, "Les paradis perdus" de Christophe, "L'homme à la tête de chou". Oui, la barre est placée très haut.
Adepte du mouvement et des grands espaces, Raphael enferme cette fois ses héros maudits dans les villes de grande solitude. Le Paris désert du dimanche, celui des gares où ce sont toujours les mêmes qui restent sur le quai. Celui des lâches, des amoureux transis, de l'indifférence et de l'incommunicabilité. Les mélodies sont là. Elles sont éblouissantes comme le témoignent Bar de l'hôtel, La petite misère, Je détruis tout, Versailles ou Odyssée de l'espèce. Mais le ton se durcit. On pense notamment à la rythmique hypnotique de Terminal 2B, au déluge de guitares de Locomotive ou aux ambiances de fin du monde qui plombent Prochaine station. Au cours de notre entretien, Raphael utilisera à sept reprises le mot "radical" pour décrire ce disque qui, s'il ne battra jamais le record de ventes de "Caravane" (1,8 million d'exemplaires, l'un des plus gros scores des années 2000 pour un disque français), est promis à une longue vie. Une très longue vie.
Quand on tape "Raphael" sur Google, la notice biographique Wikipedia de Raphael le chanteur arrive avant celle de Raphaël, le peintre italien de la Renaissance. C'est justifié?
Raphael. - Oui, mais c'est parce que j'ai une actualité avec mon nouvel album alors que l'autre Raphaël, il est mort voici un demi-millénaire. Et puis vous êtes allé sur Google France ou sur Google Belgique, c'est un peu facile.
Comment aimeriez-vous qu'on se souvienne de vous dans cinq cents ans?
Raphael. - Je ne sais pas si on se souviendra encore longtemps de moi. Mais j'aimerais encore être là dans vingt ou trente ans. Comme j'aimerais aussi enregistrer le disque qui reste. Je me rappelle avoir acheté plein d'albums l'année où Serge Gainsbourg a sorti "L'homme à la tête de chou" (en 1976 - NDLR), mais c'est le seul que j'écoute encore aujourd'hui. J'ai balancé tous les autres.
Dans les notices de "Pacific 231", vous remerciez Bashung, l'artiste auquel on vous compare le plus souvent avec Gainsbourg et Christophe. C'est la même famille?
Raphael. - J'aimerais en faire partie. Ce sont des belles références, les seules à avoir réussi à faire du rock en français. J'ai beau réfléchir, je ne vois pas d'autres artistes français qui se rapprochent à ce point de mes héros anglo-saxons, qu'ils s'appellent David Bowie, Bob Dylan ou Lou Reed. J'ai commencé à écrire "Pacific 231" deux mois avant la mort de Bashung. Sa manière de jouer avec le hasard et son énergie à prendre sans cesse des risques m'ont guidé. Et c'était surtout un copain.
Caravane, Le petit train, Schengen… On ne compte plus les chansons de votre répertoire qui tournent autour du voyage. Ici, on vous sent plus renfermé.
Raphael. - Sans être aussi noir que ne l'était "L'imprudence" de Bashung, "Pacific 231" est un disque sombre et urbain. On n'entend pas le bruit du sabot. Le point de départ, c'est l'histoire d'un mec de 35 ans qui vit à Paris en 2010. Son horizon se limite au béton des cités et au périphérique. De temps en temps, il voit un train partir de la gare du Nord ou un avion s'envoler dans le ciel. Mais lui, il ne voyage pas et se demande comment tout cela va finir. J'ai voulu faire un disque rock, un peu tendu et radical comme ceux que j'écoutais adolescent.
Si on vous suit bien, vous avez gardé vos chans
Tags: Serge Gainsbourg, Raphael, Christophe, Alain Bashung
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