Raiponce: retour vers le futur

Raiponce: retour vers le futur
culture30/11/2010 09h05

Les studios avaient pris un sérieux coup de vieux. Avec de magiques cheveux blonds, ils renouent avec la tradition.

Depuis sa création en 1923, la Walt Disney Company a toujours été la "meilleure usine à rêves du monde". Mais au milieu des années 90, le colosse s'est mis à douter. En effet, en 1995, les studios Pixar sortent Toy Story, un bijou d'humanité qui révolutionne le monde de l'animation, donnant un coup de vieux immédiat à la société de l'oncle Walt. Voulant se moderniser pour répondre au mieux à la menace, Disney trahit alors son héritage et signe une suite de films sans intérêt: Le Bossu de Notre-Dame, Hercule, Mulan ou Kuzco. Mais comme tout se règle à coups de chèques sur les collines de Hollywood, la Walt Disney Company trouve une solution toute simple: racheter Pixar pour 7,4 milliards de dollars et nommer son créateur John Lasseter, à la direction artistique du studio. Visionnaire, Lasseter repositionne Disney. En remettant le studio sur les rails de la créativité avec La Princesse et la Grenouille et en investissantdans ce qui a fait les grandes heures de Disney: le conte de fées.

C'est un certain Glen Keane (artiste majeur des studios Disney qui a notamment créé les personnages de La Petite Sirène, Aladdin et La Belle et la Bête) qui propose pour la première fois l'histoire de la princesse Raiponce. "Le succès de Pixar nous a poussés à réfléchir sur nous-mêmes, commente-t-il. Si je dois réduire Pixar à une seule phrase, ce serait: "Est-ce que ce ne serait pas cool si…" Par exemple, est-ce que ce ne serait pas cool si ces petits jouets pouvaient parler ou si ce poisson voulait retrouver son fils. Chez Disney, la phrase serait simplement "Il était une fois". Chez nous, c'est comme si l'histoire s'était vraiment déroulée. C'est une fantaisie, mais proche de la réalité. Ce que sont tous les contes de fées."

Mais les bons contes ne courent pas les rues, et depuis Blanche-Neige, Disney a savamment usé la corde du genre. "Pour moi, il existe six grands contes dans l'histoire, enchérit Glen Keane. Blanche-Neige, Cendrillon, La Belle au bois dormant, La Petite Sirène et La Belle et la Bête que nous avons tous adaptés. Il ne restait que Raiponce. C'est pourquoi j'ai décidé de travailler sur le personnage avant même d'en parler à John Lasseter."

Collecté par les frères Grimm dans le premier volume de Contes de l'enfance et du foyer, Raiponce raconte l'histoire d'une princesse pas comme les autres, née avec "un petit plus": des cheveux magiques qui, s'ils sont caressés, peuvent donner la jeunesse éternelle. C'est pour cette raison que la jeune princesse est enlevée par une vilaine sorcière qui la retient (en lui faisant croire qu'elle est sa mère) dans une tour dont elle ne peut jamais sortir. Mais le jour de ses 18 ans, un événement inattendu surgit en la personne du brigand Flynn Rider. "Ceux qui connaissent le conte verront que nous avons largement adapté l'histoire, explique Keane. C'est Walt Disney lui-même qui disait: nous n'adaptons pas des histoires, nous les créons. Il savait que l'on ne peut pas faire un film avec une pièce de musée."

Voilà qui tombe à point, car Raiponce permet à Disney de poursuivre son émancipation. "Il est vrai que nous avons pour la première fois un personnage sexué, confirme Keane. Raiponce a 18 ans lorsque l'histoire commence et ce n'est pas un hasard." En revenant à la source, Disney retrouve son originalité et cesse de craindre le génial Pixar, dont le dernier Toy Story vient de dépasser la barre du milliard de dollars de recettes. Voilà donc un conte de fées sans prince charmant, servi par une héroïne espiègle, de beaux personnages secondaires (Pascal le caméléon et Maximus le cheval) et une esthétique moderne mais finalement traditionnelle. Une histoire de rébellion et d'émancipation, aussi. Une bonne surprise, enfin!
Jérôme Colin

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